• Durant le trajet vers Châlons-sur-Marne, Jean-François ne cesse de me parler de Sophie.

    -Elle a toute les qualités cette jolie dame, tu penses que j’ai des chances ?

    -Et ton épouse ?

    -Tu as eu le temps de la juger, depuis notre retour en France elle est désagréable.

    Nous sommes bien reçus par les policiers de Châlons mais ils nous dirigent vers un commissariat de banlieue.

    - Nos collègues vous guideront vers le véhicule, ce sont eux qui ont traité cette affaire.

    Nous apprenons que la voiture a été découverte seulement le 19 janvier, soit une semaine après la disparition d'Anne, personne ne m'avait parlé de ce décalage.

    - Normal, un secteur désert, la Marne en crue, terrain peu propice aux promenades, ce véhicule nous a été signalé par un riverain qui avait déjà aperçu la Clio la veille au matin, il avait attendu le lendemain pour nous prévenir, la voyant toujours à la même place.

    - Elle n'était donc pas à cet endroit le 17, l'avant-veille?

    - Allez savoir,  un brouillard épais noyait  la vallée depuis une huitaine, avec la distance, quant aux traces de pneu,  dans ce secteur elles sont difficiles à déceler, l’endroit est plutôt sablonneux.

    - Le voisin n'avait rien entendu?

    - Non, mais d'autres chemins mènent au bord de la rivière, à partir de la route, il est facile de descendre vers la berge.

    Après avoir décliné nos coordonnées complètes, signé des documents, nous sommes dirigés vers  la fourrière, de nombreux véhicules attendent d'éventuels propriétaires, leur état n'est pas brillant; la petite voiture d'Anne paraît toute pimpante malgré sa couche de poussière blanchâtre.

    Une odeur indéfinissable flotte dans l'habitacle, mon super nez sèche et ne parvient pas à mettre un nom sur ces relents, un parapluie de femme sous le siège, rien dans le coffre.

    - Vous avez vidé cette voiture?

    - Non, nous avons enlevé les papiers que voici, il doit rester une ou deux cartes routières dans le vide-poche, c'est tout.

    En effet, Jean-François découvre deux cartes, un crayon à bille et dix centimes.

    Je pense aux bouteilles d'eau qu'Anne devait transporter au minimum elle, ou alors elle les avait déposées quelque part en passant pour une  nouvelle analyse?

    - Laurent, regarde, deux mégots dans le cendrier.

    - Anne fumait?

    - Je l’ignore, mais cela m’étonnerait ?

    - Des gitanes il me semble.

    - A plus forte raison.

    - Laisse-les en place, nous passons à la gendarmerie pour signaler cette présence incongrue.

    Ca y est, l'odeur, un fruit pourri.

     Je fouille les recoins de l’habitacle et je mets la main sur un amalgame peu ragoûtant, cela ressemble à une pomme entamée  fossilisée.

    - Bien entendu, tu ne sais non plus pas si elle mangeait des goldens?

    - Pourquoi tu arrives à reconnaître  une golden dans ce vieux trognon?

    - Non, mais une pomme je suis à peu près sûr.

    - En admettant que ce soit elle qui ait croqué dans ce fruit, ce serait étonnant qu’elle abandonne le morceau sous le siège.

    - C’est également mon avis, un fumeur mangeur de pommes l’accompagnait.

    Avant de sortir de la ville, Jean-François fait le plein, le voyant s'allumait.

    Au retour, je ne suis plus saoulé par l'amoureux transi mais, ce qu'il peut m'excéder; je lui ai demandé de passer devant moi, supposant que la Clio va moins vite que ma Safrane.  Un fada, gare aux radars, à chaque sortie d'agglomération, je l'ai perdu de vue, il doit ralentir sérieusement pour que je puisse recoller à ses roues; pour corser, il déboule dans la cour de la gendarmerie d'Avigny comme à l'arrivée d'un rallye.

    - L'habitude de conduire en brousse, il ne faut pas ralentir, sur les tôles ondulées, il faut garder le même rythme et puis elle a du jus cette caisse, nerveuse, maniable, agréable, bien envie de l'acheter pour faire de la ville et des petits parcours.

    - Elle a peut-être véhiculé quelqu'un d'autre, un auto-stoppeur, oui, c'est cela, nous la connaissions bien, elle était capable de prendre n'importe qui, un dégoûtant qui a laissé traîné ses restes.

    Toujours aussi décevants ces gendarmes mais ils n'ont pas torts, nous sommes toujours prêts à nous enflammer au moindre indice inhabituel.

    J'arrache une promesse du chef pour qu'il m'avertisse dès qu'il y a du nouveau du côté de Salvati-Desbois

     

    Le garagiste commence son cinéma en examinant la Clio.

    - Une voiture immobilisée plus de six mois, c’est mauvais comme tout, et puis en plein air, en plein soleil, les durits durcissent, les joints s'écaillent, la peinture passe, les câbles se grippent.....

    Jean-François met fin à la litanie et se proposant comme acheteur; du coup, changement de disque.

    - Je vous la révise, change ce qui déconne et vous avez une merveille, vous avez vu,  c'est le modèle haut de gamme, douze mille bornes, une femme en première main, moteur pas brutalisé.

    Si, monsieur le garagiste, je peux vous le garantir, durant les deux cents dernières bornes le pauvre moulin a en enduré plus que dans toute sa vie  de  mécanique.

    Pendant que Jean-François se restaure un peu, je vais rendre compte au dames Parély de la réussite de notre mission, la tante Simone trouve un moyen pour convaincre son neveu de rester en sa compagnie.

    La châtelaine ne pose aucune question, je lui confirme que nous avons récupéré le véhicule et qu’il est au garage.

    Sophie me semble plus détendue que ce matin, elle m'accompagne en sortant et nous bavardons.

    - Bien gentil Jean-François, c’est un brave garçon, il me fait une cour assidue vous avez remarqué.

    - Je le comprends.

    - Je n'ose lui avouer que j'ai un homme dans ma vie, personne n'est au courant, seule Anne le savait, et Amandine,  ce n’est plus une enfant, vous aussi maintenant, je vais faire de la peine à maman.

    - Vous croyez, elle sait que vous ne pouvez continuer à vivre avec le souvenir de son fils et puis je crois savoir que vous étiez séparés avant son accident?

    - Justement, je fréquentais déjà mon ami qui n'est autre que mon associé l'architecte, imaginez la situation.

    Je  conseille à Sophie de tout dévoiler en nuançant si possible, surtout pour éviter les tourments de Jean-François.

    - Merci cousin de vos bons conseils.

    Je redescends vers le village et croise l'ancien maire gai luron qui me barre pratiquement le passage vers la place.

    - Monsieur de "La Gazette Républicaine", ça va toujours? vous vous plaisez bien chez nous, de la bonne air.

    Bien gentil, le pépé,  mais je n'ai pas envie de parler de l'air ni de débiter des paroles oiseuses; et sa bonne air dont il chante les louanges, est un peu parfumée aux vapeurs d'ensilage et aux effluves de lisier.


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  • L’assomption

    Le 15 août, c’est la fête de la Vierge Marie, cette fête religieuse était célébrée avec faste. Dans de nombreux villages, une procession se déroulait dans les rues, quelques hommes solides portaient une statue de la Vierge, suivant le prêtre abrité par un dais et précédant les paroissiens. Entourant la statue, marchaient des fillettes vêtues de blanc et portant des petits paniers contenant des pétales de roses qu’elles jetaient de temps en temps. Les rues étaient décorées de fleurs, parfois de rosaces et, dans plusieurs quartiers, étaient installés des reposoirs, édifices provisoires magnifiquement décorés et fleuris. La procession marquait un temps d’arrêt à chaque reposoir, des prières étaient récitées, des cantiques étaient chantés.  

     


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  • Je me demande quelle va être la réaction de Gino Mathieu, personnellement je suis ennuyé, cela aurait pu être pire, irrémédiable, nous avions peur que Pierre Salvati ne règle son contentieux de façon violente, et c’est lui la victime d'une tentative d'assassinat, quelle chance inouïe pour lui et par ricochet pour Gino et moi, je fonce à la gendarmerie d'Avigny pour recueillir les dernières informations.

    - Vous êtes en avance, nous préparons un compte-rendu pour la presse, je peux simplement vous dire que monsieur Salvati est hors de danger, il est encore à l'hôpital de Mareilles, choqué psychologiquement, il a bénéficié d'un concours de circonstances que nous pouvons qualifier de miraculeux.

    L'adjudant  Cavalier m'explique que l'industriel était dans les bois et qu’au moment de reprendre son véhicule, il a reçu une balle de carabine en pleine poitrine, coup de chance, il venait de faire un relevé de grumes et avait glissé le listing et son support métallique dans son blouson; protection providentielle, il a foncé dans sa voiture avant qu'un second coup de feu éclate, il n'a pas eu la possibilité de voir son agresseur qui devait être caché derrière un arbre.

    - Vous aurez les détails techniques dans le rapport, le capitaine Henry est chargé de l'enquête, pour le moment nous pensons à une vengeance, celle d'un ouvrier licencié, ou à  une rivalité professionnelle.

    Il m'est difficile de dévoiler directement ce que je suppose, si cette agression est liée à l'affaire de Morigny, la détermination des assassins est grande et d'autres personnes sont en danger, je pense aux frères Mathieu.

    - Monsieur Salvati ne vous a pas donné d'indications concernant son agresseur? Se sentait-il menacé? dans son entourage, parmi ses amis?

    - Vous n'auriez pas une petite idée derrière la tête ou un renseignement important? si vous savez quelque chose, soyez assez aimable pour nous en informer, la vie d'autres personnes est probablement en jeu.

    Le militaire a raison et je ne peux garder plus longtemps ce que je sais, je résume l’affaire de la reconnaissance de dette, les soupçons des frères Mathieu et de Pierre Salvati.

    - Merci de votre collaboration, effectivement, nous avons quelques indications dans ce sens, nous assurons une protection autour de certains témoins capitaux, nous interrogeons un suspect, nous soupçonnons des complicités, vous comprenez, l'enquête débute et nous ne pouvons tout dévoiler.

    Je me doutais que l'aîné des Mathieu cherchait à me contacter, je parviens à le joindre dans sa voiture.

    - J'arrive juste devant chez moi, j'ai appelé à votre bureau, comment se fait-il que vous n'ayez pas encore le téléphone dans la bagnole, c'est indispensable de nos jours?

    Je suis d'accord, quoique je ne pousse pas trop dans cette direction, arme à double tranchant, fini la liberté, nous y arrivons un jour, c'est inéluctable et puis les prix ont sérieusement fondus, c'était l'obstacle naturel pour monsieur le PDG.

    - Je suis sous surveillance de la gendarmerie, enfin discrètement, j’ai parlé de cette affaire de falsification,  à votre avis, qui a vendu la mèche, pas moi et  vous encore moins, je suppose, une écoute téléphonique? J'ai fais contrôler mes appareils, rien.

    - Nous étions bien seuls chez vous, vos employés ne peuvent capter les conversations, un standard, un autre appareil?

    - Non, impossible, j’ai un système protégé, le contraire oui.

    - Alors à l'autre bout? et le toubib?

    - Pas Maurice, reste des fuites possibles chez Pierrot, son installation téléphonique est archaïque, chacun peut écouter le voisin, sa secrétaire, son contremaître à la scierie, sa femme, à mon avis c'est de là que proviennent les fuites.

     

    J'ai pris contact avec le commissariat central de Châlons-sur-Marne, je dois passer à Morigny prendre une procuration signée par madame Parély qui finalement accepte que la voiture soit rapatriée dans le secteur, Jean-François m'accompagne pour ramener la Clio chez un garagiste d'Avigny.

    Je passe à la gendarmerie, récolter d'éventuels renseignements complémentaires, le compte-rendu fournit à la presse par le capitaine est plus que succinct, cette discrétion sent le gros poisson.

    Le" blessé’ se porte comme un charme, normal pour un homme des bois, il n'en est pas de même de l'autre Desbois, le vrai, Vincent, hospitalisé après une crise cardiaque, les soupçons se sont dirigés vers lui à grandes enjambées, les gendarmes, hommes de terrain, eux, ont appris que, contrairement à ce que pensait Gino, madame Salvati entretenait encore des relations coupables avec le promoteur, épisodiques certes mais néanmoins suffisantes pour que Vincent Desbois soit averti du danger qui le menaçait, peur réelle pour sa vie, peur de découvertes frauduleuses, le promoteur n'est pas en mesure de répondre aux questions. Je suggère à la gendarmerie de parler de la somme inscrite sur la reconnaissance de dette à ce monsieur dès qu'il se réveillera et de réclamer le fameux billet au détenteur actuel, maître Cochet.

    - Délicat, le notaire a le bras long, il nous faudrait quelques preuves supplémentaires, je vais en parler à ma hiérarchie.

     

    - Vous êtes notre sauveur, Jean-François a eu une excellente idée de vous contacter, avec cette tentative d’assassinat, les bandits se sont trahis.

    Simone Louyot s’enflamme un peu vite, j’apporte un bémol à sa fougue.

    - Le coup de feu est peut-être étranger à notre affaire.

    - M’étonnerait, attendez la suite.

     


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  • Le glanage

    Le glanage

    Quand la moisson est finie, et avant le déchaumage, quelques personnes du village aux faibles revenus viennent glaner dans les éteules de blé. Souvent des femmes et des enfants qui ramassent les épis qui se sont échappé des gerbes. Cette pratique est admise par l’agriculteur, les épis récoltés sont égrenés à la main, le grain récupéré sert à l’alimentation de la volaille.

    Il arrive que certains glaneurs n’attendent pas le ramassage des tas et viennent prélever des épis sur les gerbes, si l’agriculteur les surprend, ils sont par la suite interdits de glanage.

     


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  • Martine est ravie de l'invitation de Simone Louyot.

    - J'aime bien la campagne et puis je vais voir ta noble cousine.

    La tante de Jean-François m’avait téléphoné pour me confirmer son aimable invitation, je l’avais sommairement mise au courant du résultat de mes premières investigations.

    - Voyez que nous sommes dans le vrai, j’étais certaine que cette histoire de reconnaissance de dette était la clé de l’affaire...nous en reparlerons lors de votre visite, mais surtout pas devant madame Parély.

     

    Sophie est conforme au portrait tracé par Simone, elle a beaucoup de charme, c’est aussi l’avis de Jean-François qui ne la quitte plus des yeux.

     

    Madame Parély parle de la messe à laquelle elle a assisté le matin, tante Simone avait trop de travail pour s'y rendre.

    - Et puis, une messe chaque mois, j'ai perdu l'habitude, le curé est pressé, il se dépêche et mange la moitié des prières, il faut le comprendre, il a cinq paroisses à sa charge...la messe ! encore une tradition qui va disparaître dans nos campagnes.

    Que dire du menu, à l'image de notre hôtesse d'un jour, gai, généreux, chaleureux, tante Simone est un vrai cordon bleu.

    Et le décor ? surprenant sur le coup puis finalement agréable, intime; la salle à manger de madame Louyot n'a pas de fenêtre ; imbriquée dans la grande maison, une porte vitrée donne dans l'entrée alors que l'éclairage principal tombe d'une verrière, en plein milieu  de la table ronde, diffusant une lumière un peu irréelle ; les ombres sont repoussées contre les murs, la vue d'un ciel nuageux, au-dessus de la vitre, donne une impression curieuse, la luminosité et la profondeur de champ empêchent de lever trop souvent les yeux au risque de ressentir comme une sorte de vertige.

    Le retour à la normale dans la véranda me permet de bavarder un peu plus longuement avec Sophie.

    - Imaginez la douleur de maman, le corps d'Anne n'a jamais été retrouvé, c'est encore plus terrible, si elle a été victime d'un meurtre comme nous le supposons, les assassins ont réussis à la faire disparaître à tout jamais.

    - Et la voiture, qu'est-elle devenue?

    - C'est vrai, nous devrions pouvoir la récupérer, elle est entre les mains de la police de Châlons-sur-Marne je crois, je vais me renseigner à ce sujet.

    - Aucun indice dans le véhicule, une lettre?

    - Nous ne savons que peu de choses concernant le véhicule, les policiers ont été avares  de renseignements.

    - Je vais demander à madame Parély de prendre des nouvelles de ce véhicule, qu’en pensez-vous ?

    - Vous allez raviver sa peine, je suis certaine qu’elle ne désire plus revoir la Clio d'Anne dans la cour du château,  à mon avis, il faudra confier cette voiture à un garage pour la mettre en vente... si la police nous là restitue. Vous pourriez nous conseiller à ce sujet?

    Je propose de m'en occuper, j'aimerais questionner les policiers qui se sont occupés de cette affaire.

    Sophie est d'accord et me promet d'obtenir l'aval de sa belle-mère.

    - Je vais me débrouiller pour l'amener sur le sujet avec douceur, elle est d’une telle sensibilité.

    Nous parlons encore longuement de sa belle-sœur qu'elle estimait beaucoup.

    - Elle était véritablement une sœur pour moi, avant l'accident d'Alexandre, elle avait compris que je ne pouvais plus vivre avec un être pareil, l'avenir moral d'Amandine était en jeu, mon équilibre aussi, elle m'a aidé à passer le cap particulièrement difficile de la séparation, ménageant sa maman et la préparant à cette rupture qui allait lui faire de la peine, ensuite, Anne a loué un appartement au-dessus du mien, elle me secondait dans les tâches ménagères, s'occupait de sa nièce, en plus de ses actions humanitaires.

    J'osais aborder d’autres questions.

    - D’après les dires, c’était une jolie femme et elle avait d’autres qualités, ses rapports avec les hommes ?

    - Elle avait connu plusieurs hommes avant de venir s'installer à Reims, elle me racontait absolument tout, puis elle avait rencontré un monsieur nettement plus âgé qu'elle ,un veuf qui militait également dans différentes associations humanitaires, malheureusement cet ami est décédé début de l'an dernier; elle en était profondément affectée mais ce n'est pas ce drame qui l'aurait poussé à se donner la mort, elle savait que de nombreuses personnes avaient encore besoin d'elles, y compris Amandine et moi...sans oublier sa maman qu’elle vénérait.

     

    Ce que je craignais sans vouloir y penser, la vue de la fermette en cours de rénovation séduit Martine.

    Jean-François nous proposait une visite de sa fermette en rénovation, Sophie, Martine et moi acceptions.

    - Ce serait super, une belle maison ancienne, avec une telle cheminée, tu sens ces relents de suie, cette odeur de boiserie, enivrant.

    Contrairement à moi, elle ne hume que ce qu'elle veut, elle a un odorat sélectif, ce n'est pas mon cas et dans ce chantier, je respire plutôt des émanations de ciment frais, de colle à carrelage et de peinture.

      

    Nous continuons à faire le tour de Morigny à pieds, Martine est heureuse de voir la fameuse fontaine, elle n'arrête pas de boire à la sortie du tuyau.

    Je lui conseille de modérer, because les nitrates.

    - Elle est bonne pourtant, ah oui, un peu âcre tout de même.

    - Tu veux vivre longtemps avoue.

    - Si tu restes avec moi jusqu'au bout d'accord.

    Je veux bien la croire.

    Par contre Sophie dédaigne l'eau fraîche.

    - Chaque fois que j'en ai bu, j'ai eu des nausées.

    Nous sommes pris dans une nasse au fond de la fontaine, deux villageois d'un  âge certain viennent de descendre l’escalier de gauche et commence à nous seriner.

    L'un est un vrai boute-en-train, il exagère, avec le bout de sa cane, il tente de soulever la jupe de Sophie.

    - C’est quelle a des belles jambes la gamine, et l’autre dame ça doit être le même paysage.

    Le deuxième est encore plus âgé, il sourit de sa bouche complètement édenté; deux beaux spécimens.

    Les femmes sont amusées, Jean-François s'énerve un peu.

    Enfin le grand père devient plus raisonnable.

    - J'la connais la belle Sophie, elle sait bien que je suis un farceur, que je n’suis pas méchant... on compte sur vous monsieur Laurent pour foutre ces vampires à la porte, de mon temps cela ne se serait pas passé ainsi, croyez-moi; j'ai été maire de Morigny pendant vingt cinq ans cher monsieur, c'est vous dire, de 45 à 70, j'vais avoir quatre vingt huit ans à la Noël, si j’y arrive...et  regardez-moi ce  jeune homme  qui rit comme un gosse qui vient de naître, il a passé les cent ans, du solide.

    - La fontaine?

    - Pensez-vous, faut pas le dire, il n'y a que les femmes qui boivent de l'eau à Morigny, ll' Adrien il fait encore son pinard, une sacrée piquette, refusez si il vous en offre, sinon votre estomac ne s’en remettra jamais... Cette flotte ne convient même pas au pastis, le mélange se fait difficilement.

    Notre escorte continue à nous seriner jusque devant la maison de madame Louyot.

    - Si vous voulez nous parler, nous avons notre quartier général devant l'ancienne boulangerie, de l'autre côté de la place, face au puits transformé en bouquet de fleurs.

    …………


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  • L’incendie

    Quand les récoltes de fourrage et de céréales sont à l’abri dans la grange, la crainte d’un incendie est réelle. Les causes sont multiples, parfois un échauffement du foin ou des gerbes rentrées humides, les rayons du soleil à travers une tuile en verre, un mégot jeté négligemment, mais le plus souvent, l’incendie est provoqué par un dysfonctionnement de l’installation électrique. Autres dangers, la foudre et la mise à feu volontaire.

    Concernant l’échauffement, une surveillance constante peut éviter le déclenchement d’un feu, quand la chaleur devient intense, il est nécessaire d’ouvrir le tas de foin ou les piles de gerbes. L’agriculteur est souvent fumeur mais il roule ses cigarettes lui-même et utilise du tabac gris, c’est moins dangereux que le tabac blond, et puis le prudent évite de fumer dans la grange. Les installations électriques sont loin d’être sécuritaires dans bien des cas, la poussière et un peu d’humidité peuvent provoquer un court-circuit. Quant à l’incendie volontaire, c’est plus fréquemment l’œuvre d’un dérangé, un pyromane, mais parfois d’une vengeance.  

     

     


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  • Mon copain Hervé, employé dans une boîte de produits chimiques et à qui j’avais confié la bouteille d’eau pour une analyse m'invite à venir récupérer le résultat.

    - Où tu as puisé cette flotte?

    - Pourquoi tu lui trouves des qualités ou des défauts?

    - Les deux, enfin beaucoup plus de qualités que de défauts.

    - Explique-toi, est-ce une eau miraculeuse?

    - Toutes les eaux ont diverses propriétés bénéfiques suivant les sujets, celle-là serait à conseiller aux personnes âgées, aux enfants aussi, pas tellement aux sportifs, du moins c’est mon avis.

    - J'ai entendu parler de la présence de fluor?

    - Oui, les fluorures sont présents, pas en excès, je vais te donner un relevé complet d'analyse.

    - Je n'y connais absolument rien, tes chiffres sont du Chinois pour un ignare tel que moi, dis-moi ce que cette eau a de particulier.

    - En plus des fluorures, le calcium est bien représenté, le magnésium raisonnable, le potassium aussi, tous ces éléments sont dans une bonne moyenne; par contre le sodium est faible, un avantage pour les personnes sujettes à l'hypertension, un peu ferrugineuse, voilà pour l'essentiel des  minéraux. Autrement, bicarbonates un peu faiblards, sulfates un peu au-dessus de la moyenne, d'ou la couleur un peu trouble, chlorures OK.

    - Tu me parlais de défauts?

    - Oui, comme beaucoup d'eau actuellement, une charge anormale en nitrates  mais tu m'as parlé de source, c'est logique, pour éviter cet apport néfaste, il faudrait puiser l'eau au plus profond de la nappe.

    - Et les autres éléments seraient modifiés.

    - Non pas vraiment, à part les nitrates qui proviennent des apports de certains engrais; une réglementation pour la réduction de ces nuisances vient de voir le jour, mais l'application demandera des mois, voire des années.

    - Bon, tu me confirmes que, puisée à une certaine profondeur, cette eau pourrait être commercialisée.

    - Je pense que oui, avant, elle devrait passer par différentes analyses officielles  mais dis-moi, tu veux te reconvertir dans la flotte, remarque l'exploitation d’une source minérale doit être d'un excellent rapport, si tu as besoin d'un bon chimiste, enfin d'un  chimiste tout court, pense à moi.

    - Tu n'es pas bien ici?

    - Si, mais j'ai peur d'une crise sur les produits que nous fabriquons, après des années d'euphorie, les ventes se tassent.

    - Je pense à autre chose, parmi tes connaissances, tu n'as pas un géologue?

    - Tu veux déjà constituer une équipe opérationnelle? j'ai un ami de fac dans ce domaine, il travaillait pour une compagnie pétrolière, je crois qu'il a changé de job, j'essaye de le contacter, je t'appelle.

     

    Je contacte le notaire, ma faisant passer pour un client éventuel de la maison à vendre à Morigny, je  sens une certaine méfiance chez cet homme de loi, je me demande si mon stratagème n'est pas éventé; il me pose des questions presque indiscrètes sur mes possibilités financières, sur mes emprunts en cours, j'ai un mouvement d'humeur, je voudrais voir la maison avant tout et je souhaite qu'il me là présente, je dois me contenter de monsieur Simon, le clerc.

    - J’attends quelqu’un vous comprenez.

    Avant de pénétrer dans le jardin, je fais semblant d'examiner le mur immense qui borde la rue.

    - J'ai entendu dire que vous aviez un autre acheteur, un client qui s'intéresse particulièrement à Morigny, qui est prêt à acheter les ruines, celui qui vient d'acquérir le grand terrain situé au-dessus de la fontaine je suppose?

    Le clerc ne se démonte pas.

    - Je ne peux répondre à votre question? vous n'ignorez pas que nous sommes tenus à autant de discrétion qu'un docteur, enfin presque.

    Je fais le tour de la propriété sans montrer un grand enthousiasme, elle ne le mérite pas; à part l'entrée, le jardin, l'escalier de pierres, l'intérieur est sombre, très humide, lugubre même. J'écoute d'une oreille distraite les panégyriques commerciaux de monsieur Simon.

    De retour à l'étude, je demande à voir le notaire, je ne vais pas me gêner pour lui parler de la reconnaissance de dette, j'ai le feu vert de madame Parély qui malgré une lettre recommandée n'a toujours pas obtenu satisfaction; pas de chance, ce cher notaire vient de quitter son étude, nul ne sait qu'en il reviendra!

     


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  • L’orage

    « Le temps est à l’orage ! » Cette prévision déclamée par un ancien était toujours confirmée. Les hommes étaient en sueur mais également les chevaux qui, en plus étaient harcelés par les taons.

    Les gros nuages noirs à l’horizon, quelques roulements de tonnerre lointains, par prudence, il fallait abandonner les travaux en cours dans les champs et rentrer à la ferme.

    Dans les campagnes, quand un orage éclate, on sait qu’il fait éviter de s’abriter sous un arbre, surtout sous un arbre isolé, ne pas tenir une fourche pointes en l’air et, pour les enfants, ne pas courir. Malgré cela quelques accidents se produisent, parfois mortels.   


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  • - Ce Vincent Desbois est promoteur immobilier je crois?

    - Oui, je travaille de temps en temps pour lui, juste le minimum, il paye, mais il ne faut pas être pressé, il vend les appartements sur plans, encaisse des gros acomptes, place le fric avant de régler les fournisseurs, un sacré malin, son bureau principal est à Mareilles, vous devez l'avoir remarqué, une devanture luxueuse, il a une annexe ici, en plein centre du bourg, ses affaires marchent bien, je ne comprends pas qu'il ait trafiqué le chiffre, cent mille francs,  c'est de la gnognote pour lui.

    - Et son argument pour séduire Anne, c'est plausible?

    - C'est tout à fait son style, il peut avoir presque toutes les femmes qu'il désire, avec des cadeaux, c'est assez facile mais il veut surtout s'attaquer à des citadelles, à des filles qui lui résistent, je suppose qu'il avait tout essayé pour arriver à ses fins seulement, il est rusé, cette femme ne se serait pas donné pour de l'argent, par contre pour une question d'honneur?

    - Vous connaissiez un peu mademoiselle Parély?

    - Et comment, elle militait pour différentes causes quand elle était encore à Morigny, nous nous retrouvions souvent dans des réunions, une  femme active, dynamique et... pas vilaine du tout.

    - Elle avait un homme dans sa vie?

    - Alors là cher monsieur, mystère, je suppose qu'un tel châssis ne restait pas sur le bord de la route, je ne faisais pas partie de son cercle d'amis intimes... Que comptez-vous faire à présent, vous avez entendu mon camarade Pierre, lui c'est certain, n'est pas dans ce coup fourré.

    Je commence à y voir plus clair, si Anne a été réellement assassinée c’est  qu'elle approchait du but, je ne pense pas que les seuls cent mille francs l'ont condamnée, le projet de commercialisation de l'eau a peut-être fait pencher la balance, l'escroquerie découverte,  l'acte de vente devenait caduque, adieu les bénéfices énormes, je sais que ce genre d'exploitation est juteuse. Quel rôle a joué Vincent Desbois? Avait-il un autre motif que celui invoqué pour acheter le billet, il faut que j'approche ce promoteur, seulement, je ne peux pas l'aborder de front, et le notaire,  était-il au courant de la falsification du billet?

    Je fais un crochet par Morigny, les villageois me connaissent tous à présent, je suis salué à chaque coin de rue, ça y est, j'ai trouvé un alibi pour rencontrer le notaire, un panneau est apposé sur le mur de l'ancien presbytère, je vais me faire passer pour un acheteur éventuel, plausible, en plus, j'ai un motif valable pour m'intéresser à cette maison.

    Madame Louyot tricote, Jean-François est en ville, nous bavardons et abordons divers sujets,  elle me parle des ennuis conjugaux de son neveu, elle ne m'apprend rien en disant qu'elle soupçonne Adeline d'être infidèle.

    - J'ai bien peur que cela ne se termine par une séparation, en Afrique, ils vivaient en vase clos, depuis leur retour il y a de l'eau dans le gaz.

    En parlant d'eau, je demande une bouteille vide à Simone, je vais également prélever quelques gouttes à la fontaine, pas pour être éternel, pour la faire analyser.

    - Que faîtes vous le 15 Août?

    - Rien de spécial, je ne sais pas encore?

    - Eh bien si, vous allez le savoir, je vous invite à déjeuner, avec votre dame, Lucie et Sophie seront de la fête.

    Je suis bien embarrassé pour descendre vers la source, quel côté dois-je emprunter, sans être véritablement  athée, difficile de me classer parmi les croyants,  les anciens auraient dû prévoir un escalier central.

    Impossible d'éviter monsieur Basile, véritable concierge de la fontaine

    - Vous voulez vivre vieux? attention, n'en buvez pas trop, elle est un peu indigeste; alors, vous avez vu, les travaux commencent là-haut, ils construisent une route d'accès, les gens n'osent plus protester, dans quelques mois, plus d'eau au tuyau.

    C'est ce que je pensais, cette histoire de blessé ressemble à un coup monté, une simple  égratignure a été montée en épingle pour culpabiliser les habitants et les décourager à manifester.

    Je contourne le plateau pour constater qu'effectivement, un chemin existant a été élargi et remis en état.

     

    Surprise agréable, monsieur Magien est heureux pour une fois, mon vieux lecteur de Morigny n'est pas une exception, une dame qui approche allègrement les cent ans d’existence détient un premier numéro de notre canard, celui du Jeudi 2 janvier 1919; le plus amusant c'est que cette centenaire vivant chez sa petite-fille, habite à deux pas de notre nouvelle installation. D'autres manifestations de sympathie  arrivent à la rédaction, le concours connaît un vif succès; pour ne pas faillir à la tradition, le boss revendique la paternité absolue de cette opération et personne n'en doute, le bâtonnier que je rencontre à l’issue d’un procès ne tarit pas d'éloges en me faisant remarquer que nous avons de la chance d'avoir un tel chef.

     


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  • Je reviens sur mes pas

    Je reviens sur mes pas

     

    Je reviens sur mes pas, après bien des années,

    Sur les traces des miens aujourd’hui disparus,

    J’ai laissé un instant les courses effrénées,

    Pour fouler à nouveau les chemins parcourus.

     

    Elles sont toujours là, les rues de ma jeunesse,

    Les fermes, les maisons, rien n’a vraiment changé,

    Je revois mon passé, c’est comme une caresse,

    Mon souvenir est là parfaitement rangé.

     

    Je sens à chaque endroit la réelle présence,

    De ceux qui ont marqué de ma vie un moment,

    J’ai pour eux à jamais de la reconnaissance,

    Ils restent dans mon cœur l’invisible froment.

     

     


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  • Les mois d’été

    La vie rurale était intense en été, personne ne partait en vacances, après les durs travaux de la fenaison, c’était le temps de la moisson, quand le temps était propice c’était moins pénible que la fenaison mais, comme trop souvent, les orages venaient perturber le séchage des gerbes dans les champs.

    Pour les non-agriculteurs tous possesseurs de jardins potagers, le travail ne manquait pas non plus, la récolte des haricots et le ramassage des fruits mobilisaient les jeunes, venait ensuite l’arrachage des pommes de terre.

    Le village était encore plus animé que d’habitude, avec les allées et venues des chariots mais également en raison de la présence de nombreux enfants citadins venus en villégiature chez les grands-parents.

    Maintenant comme dans les villes, on remarque durant juillet et août, beaucoup de volets fermés.


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  • Monsieur Magien est décidé à lancer une action d'envergure, depuis que je lui  ai parlé du vieux lecteur de Morigny, il veut organiser une sorte de concours, connaître le plus ancien client de "La Gazette Républicaine" d'une part et poser des questions concernant les dates de certaines manchettes, il met tout le monde dans le coup et bien entendu les collègues sont plutôt mécontents.

    - Boulot supplémentaire, toi et tes idées farfelues.

    Seul Benoît mon photographe préféré semble heureux de cette initiative.

    - Belle occase pour mettre des gueules en boîte,  les beaux vieillards, les belles rides en relief, super.

    D'un côté je préfère que cette idée ne se polarise pas autour de Morigny, une invasion des barbares  risquait de laisser des traces, je connais quelques citadins de notre équipe qui se comportent en véritables sauvages quand ils se retrouvent à la campagne. J’ai encore en mémoire une course poursuite dans un champ où, en quelques minutes, trois hommes et deux femmes ont saccagé un hectare de maïs arrivant à maturité. Sacré coup de froid sur l’équipe quand notre journaliste local a envoyé un article virulent et des photos probantes sur ce vandalisme gratuit.

     

    Je n'attendais aucune nouvelle de Jean-François dans l’immédiat, c’est moi qui devais le contacter.

    - Gino, l'autre frère Mathieu, il aimerait te voir, il m'a appelé, il n'a pas osé téléphoner à ton journal, je te donne son numéro.

    Tiens, tiens, que me veut-il? J'appelle sans attendre, il est absent, la charmante dame qui me répond me donne son numéro de voiture.

    - On se voit quand vous voulez, à mon bureau zone industrielle d'Avigny.

     

    Cette fois, je me souviens, l'incendie, une fabrique de meubles située à l'entrée de la zone; je constate que cette usine n'a pas été reconstruite, les pans de murs noircis et la toiture effondrée font tâche dans le décor.

    - Nous étions les premiers installés sur ce site, voyez à présent plusieurs ateliers fonctionnent... la fabrique de meubles? Des histoires avec les assurances, paraît que l'incendie n'était pas accidentel, faut pas jouer à ce petit jeu, les assureurs ne sont pas dupes... Oui, Luigi m'a raconté une histoire curieuse, c'est vrai qu'il m'en avait touché deux mots à mon retour de cure, je n'y avais pas prêté attention, le travail en retard, les comptes de fin d'année à sortir pour le bilan, j'avais appris comme tout le monde le suicide d'Anne Parély... quel tragique destin  pour cette famille! J'étais, je pense, le meilleur camarade d'Alex, nous avions le même âge, certaines affinités.

    - Vous étiez l'un de ses partenaires au poker?

    - Bien entendu, nous jouions surtout pour le plaisir de jouer... avec une petite mise à la clé, pour donner du piquant, sinon... comme vous a dit le frangin, Alex était souvent bénéficiaire, une chance inouïe et un sens du jeu, même par temps moins calme, vous voyez ce que je veux dire.

    J'ai confiance en mon interlocuteur, inutile de finasser, je lui dévoile la raison de mes questions.

    - 100.000 francs, je ne vais pas dire que c'est une grosse somme, à l'époque actuelle,  on jongle avec plus de zéros, mais je peux vous assurer qu'au jeu, jamais nous n'aurions pu atteindre un tel chiffre.

    - Avec vous peut-être, mais avec d'autres pourquoi pas?

    - Non,  impensable, c'était toujours la même équipe, Maurice, Vincent et Pierrot, Marcel de temps en temps mais ce radin n'osait jamais miser. Le seul qui pouvait rivaliser avec Alex, c'était Maurice, Vincent jouait comme un sabot, il n'a pas changé, les rares parties que nous jouons encore ensemble se terminent toujours par sa ruine, enfin façon de parler, je vous dis, raisonnable, très raisonnable, Pierrot avait de temps en temps de la chance, c'est normal, sa femme le cocufiait, entre nous Vincent était en partie responsable, plus maintenant, tout est rentré dans l'ordre, par la force des choses, l'épouse de Pierrot a eu un  grave accident, il lui reste des séquelles, entres autres, elle marche avec des béquilles....Vous savez quoi, je veux tirer cette affaire au clair, je n'aime pas du tout les compromissions, les magouilles, j'ai cette réputation, je vais téléphoner aux copains pour en avoir le cœur net, attendez, j’ai horreur de laisser des questions en suspens, nous allons être fixés rapidement.

    Je suis un peu stupéfait de cette réaction... il met son projet à exécution, compose des chiffres et appuie sur la touche ‘haut-parleur’.

    - Je commence par appeler le toubib, vous allez entendre sa réponse.

    Le  docteur n'a jamais entendu parler d'une reconnaissance de dette, signée par Alex, il déclare toutefois qu'il devait rencontrer Anne Parély.

    - Elle voulait me rencontrer rapidement,  sans me préciser la raison de cette urgence, ce n'était pas le docteur qu'elle voulait voir, aucun problème de santé, un premier rendez-vous a échoué, une urgence,  j'attendais qu'elle me contacte à nouveau... je sais, c’est moi qui aurait dû aurais du appeler pour m'excuser, ensuite j'ai appris la terrible nouvelle.

    La conversation aborde d'autres sujets d’actualité.

    - Vous avez entendu, comme moi, il est étonné, à Pierrot maintenant, j'espère qu'il est là, toujours a traîner dans les bois, c'est son job.

    Pierre Salvati est bien présent et soulève une grande partie du voile qui masquait cette histoire de dette, je ne tiens plus en place en l'entendant parler.

    Gino Mathieu n'est pas moins bouleversé, il lui faudra modifier la liste de ses amis.

    A peine l'entrepreneur avait prononcé quelques mots que son interlocuteur, après un silence significatif, explosait:

    - Déconne pas Gino, une reconnaissance de dette...c'est à moi qu'il avait signé ce machin, dix milles balles, un peu pour le freiner, tu sais qu'à force, il voulait toujours jouer plus gros, alors ce jour-là... oh putain c'est pas possible... je lui ai dit signe moi un papier, j'te dit pour l'empêcher de faire des conneries... incroyable... alors j'ai gardé le billet sur moi, j'en ai parlé à personne puis Alex a eu son accident, un jour Vincent, tu sais comme il est emmerdant ce zouave, il se fichait  de moi, prétendant que je jouais pas mieux que lui au poker, que je n'avais jamais gagné contre Alex.... comme un imbécile, je lui ai montré la reconnaissance de dette pour lui rabattre son caquet, il a rigolé et m'a dit que je pouvais m'en servir pour me... tu vois quoi, que ça ne valait pas un clou... Quelques jours plus tard, il vient me voir à la scierie, il me demande si j'ai encore le truc et me propose de l'acheter... j'te donne cinq mille balles toujours ça de gagné qu'il me dit... je refuse et lui demande ce qu'il veut en faire.... Tu sais ce qu'il me répond... je veux faire chanter la belle Anne, la frangine d'Alex, je lui colle le papier sous le nez et elle accepte enfin de coucher avec moi... le salaud... jamais assez... pour rire, je lui donne... je me suis dit, m'étonnerais qu'il arrive à ses fins avec cette  nana..., je refuse son argent, et voilà... Je vais lui faire la peau, l'étrangler... cent mille francs tu dis... le salaud, il a extorqué  dix fois plus... je m'en doutais, un mec comme lui ne respecte rien, c'est de ma faute Gino, soit chic, oublie ce que je viens de te dire, tu me connais, je suis assez grand pour régler mes comptes moi même...

    - Quoi dire d’autre monsieur Passy?

    - Si Anne avait commencé par lui, elle serait encore en vie.

    - Faut pas dire des choses pareilles, j'ai la frousse maintenant, Pierrot est un violent, il  est encore plus rital que moi, son père est Sicilien, sa mère Napolitaine,  il risque de mettre ses projets à exécution, faudrait prévenir Vincent, qu'en pensez-vous?

    …………


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  • Les fruits

    Les mirabelles et les quetsches n’étaient seulement utilisées pour les tartes et les confitures, le propriétaire d'un verger avait le statut de bouilleur de cru, ce qui lui permettait de faire distiller les fruits, en en payant qu’une taxe allégée sur l’alcool obtenu.

    L’opération ramassage s’effectuait quand les fruits étaient bien murs, si le vent ne les avait pas fait tomber, il fallait secouer l’arbre…manuellement.

    Le ramassage n’était pas amusant, les fruits parfois bien avancés collaient aux mains et une nuée de guêpes antipathiques s’abattaient sur la récolte.

    Les seaux et les bassines remplies et chargées sur la brouette ou le tombereau, l’opération suivante consistait à remplir les tonneaux par la bonde et attendre l’hiver et la fermentation pour aller chez le distillateur.


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  • L'entrepreneur n'est pas à l'heure, Jean-François me montre les travaux qu'il a déjà réalisés et ce qu'il prévoit de faire; tout compte fait, l'ensemble ne manque pas de charme, la grande cheminée de la pièce principale est magnifique, je verrais bien un beau feu de bois, des flammes léchant un sanglier embroché... et Obélix qui lui se lécherait les babines.

    Une fourgonnette arrive et stoppe devant la ferme.

    - Mes excuses, un problème sur un chantier, cela devient une mauvaise habitude en ce moment, allons voir ce mur.

    Je laisse les deux hommes examiner les pierres, je m’assois dehors, sur un banc, face à la margelle d'un ancien puits transformé en jardinière, les géraniums-lierres retombent tout autour, bien jolie cette décoration.

    Un vieux monsieur vient vers moi, un voisin certainement, intrigué par ma présence  et curieux de savoir ce que je fais à cet endroit

    - C'est beau n'est-ce-pas?, de toute façon le puits était à sec depuis une dizaine d'années, c'était plutôt un danger pour les gosses, le trou a été comblé avec des gravats au début de l'année et, au printemps l'horticulteur est venu planter les fleurs, les six puits de Morigny ont été transformés de cette façon.... Mais dites-moi, vous êtes le journaliste de "La Gazette", vous avez parlé de nous, de notre opposition au projet, je me demande si  nous aurons gain de cause, c'est l’éternelle lutte du pot de terre contre le pot de fer, tout  de même, ce village vivait bien tranquille et la zizanie s'installe, j'ai un voisin qui me boude depuis cette affaire, lui est partisan de la mise en bouteilles.

    L’homme s’exprime bien, j’engage la conversation.

    - Que pensez-vous des propriétés de cette eau ?

    - A vrai dire je me demande si elle a réellement des propriétés conservatrices, j’en bois pour faire comme tout le monde ou presque, ce n’est pas que je tienne à faire un centenaire mais je me porte assez bien pour mes quatre vingt deux ans alors...entre nous, toutes ces histoires d’eaux minérales, c’est un bon moyen pour facturer la flotte à un prix exorbitant, les consommateurs n’ont confiance qu’aux produits conditionnés à présent, enfin...

    Je guette la sortie de l'entrepreneur, je ne sais pas encore de quelle manière je vais l'attaquer.

    - Laurent, tu viens boire un jus d'orange?

    - Tu as de la boisson sur place?

    - Et comment, pas besoin de frigo, la cave est bien fraîche.

    Jean-François se débrouille pour me laisser seul avec Luigi, je ne perds pas de temps, quelques banalités pour amorcer la conversation, je lui parle des racines que je viens de  découvrir à Morigny

    - Vous êtes apparenté à la famille Parély?

    - Plus précisément à madame, aux de Gaujard, vous avez connu Alexandre, je crois, 'il chassait dans la même société que vous?

    - Et oui, sacré Alex, un bon gars mais bringueur, il en est mort indirectement d’ailleurs.

    - Et joueur également.

    -...Joueur? ah oui, quelques parties de poker pour le  plaisir, comme nous tous, jamais de grosses mises.

    - Vous en êtes sûr, j'ai entendu dire qu'il avait perdu un gros paquet lors d'une soirée.

    - Qui vous a raconté de telles conneries, même bourré, il savait compter... oh mais attendez, sa sœur m'a parlé des mêmes salades, elle était venue me voir et m'a entretenu d'une histoire similaire.

    - Quand?

    - Au début de l'année, je me souviens, mon frangin était en cure.

    - Elle est disparue le 12 janvier, vous le savez.

    - Je pense bien, sa visite, c'était quelques jours avant.

    - Où l'aviez-vous rencontrée?

    - A notre bureau de chantier, en fait c'est Gino qu'elle voulait voir.

    - Et elle vous a parlé de dette de jeu?

    - Je n'ai pas très bien compris son histoire, mais je lui ai répondu comme à vous, Alex ne jouait que des sommes modestes, du moins avec nous, et j’aurais été surpris d’apprendre qu’il jouait avec d’autres...et puis, ce chameau avait souvent du pot, c'est lui qui nous plumait.

    - Vous avez parlé de cette visite à votre frère?

    - Vaguement, elle était morte quand il est rentré de cure.

    - Disparue, sa mort n'est pas encore prouvée.

    - Vous êtes policier?

    Luigi se cabre, c'était à prévoir, je me présente pour le rassurer. 

    - Et vous en avez parlé à d'autres amis?

    - Oui, je pense, j'en ai peut-être discuté avec les copains.

    Je lui cite quelques noms.

    - Vous connaissez toute l’équipe.

    - Savez-vous si Anne avait contacté d'autres amis d'Alexandre, à part vous?

    - Maurice, le toubib de Courcelles, elle lui avait posé les mêmes questions.

    - Le docteur Ballard?

    - Oui, il était comme moi, il n'avait pas très bien compris le sens de la démarche, les autres, j’ignore, nous n’avons jamais eu l’occasion de parler de ça.

    J'ai la confirmation de ce que je supposais, Anne avait commencé à faire des investigations, doutant du montant exact de la dette, un zéro aurait pu être ajouté,  et, si la somme n'est pas inscrite en lettres? Madame Parély doit absolument récupérer le papier et je vais lui conseiller d'agir immédiatement.

     

    La châtelaine est surprise de me revoir aussi rapidement.

    - Nous avions exigé la restitution de ce document, maître Cochet a toujours éludé nos demandes, arguant qu'il fallait un certain délai avant que la vente soit enregistrée officiellement; je vais le relancer par lettre recommandée sans plus tarder.

     


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  • Ô Soleil !

    Même par temps gris, il y a du soleil dans les jardins (C'était dimanche, depuis il fait beau)


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  • Je reviens chez madame Louyot, Jean-François vient de rentrer, Adeline s’est rhabillée, la tante Simone est fatiguée, je lui demande quand même des tuyaux sur les hommes cités par madame Parély.

    - Je les connais tous, je peux vous en parler.

    - Je ne vais pas aller voir huit chasseurs, lesquels me conseillez-vous en particulier?

    - Vous savez quoi, si vous rencontrez Luigi Mathieu, vous aurez fait le tour.

    - Pourquoi?

    - C'est le plus bavard, un bon gars, un peu vantard comme tous les Italiens ou moitié d’Italiens, vous pourrez lui tirer les vers du nez comme je vous connais.

    - Comment faire pour le rencontrer sans éveiller l'attention?

    - J'ai une idée.

    Jean-François se manifeste.

    - Dis toujours.

    - Pour ma fermette, il me faudrait un devis pour consolider un mur, j'ai peur qu'il ne tienne pas le coup si j’effectue des modifications, paraît que c'est le plus jeune frère qui se déplace habituellement, l’autre serait plutôt le financier de la boîte.

    - Tu ne vas pas dépenser des sommes folles pour cette ruine, tu es malade!

    Adeline n'a rien compris à la démarche, Jean-François calme l'excitée.

    - Je lui demande de passer, tu es présent et tu te débrouilles pour le  cuisiner.

    - OK, prends un rendez-vous, de préférence l'après-midi, évite les lundis

     

    Je parle du vieux journal conservé par les Basile, le patron est tout excité.

    - 1926 vous dites, vous vous rendez compte, c'est fou, retournez quand dans ce village, je viens avec vous, une bonne idée de reportage, ce vieux bonhomme de quatre vingt treize ans qui lit notre quotidien depuis si longtemps, vous l’avez  vu ce lecteur, il tiendra encore le coup quelques jours j'espère?

    Allons bon, le boss sur le dos toute une journée, je connais le programme à l’avance, j'aurais mieux fait de me taire, trop tard... et puis après tout, ce n'est pas si mauvais pour moi, cela couvre mes activités annexes, ce genre d'investigation qui rend mon job encore plus passionnant.

    Jean-François Delacour est actif, comme je la connais, sa tante doit le pousser.

    - J'attends Luigi Mathieu mercredi 16 heures, cela te va... ah oui, ma tante me souffle que nous sommes invités à déjeuner au château, alors soit chez nous vers midi, pas plus tard, tu sais que les campagnards aiment bien déjeuner relativement tôt.

    Monsieur Magien est exclu du voyage cette fois, il n'est pas invité, heureusement, je l’aurais difficilement supporté pendant le repas, pour faire dans le simple, il fait dans le ridicule, mes très rares sorties" bouffe" avec lui me laissent des souvenirs impérissables, comme le jour où, sous prétexte qu'il adore les pommes dauphines, il piquait dans mon assiette en me disant ...vous n'aimez pas je crois...

    La tante Simone est passablement énervée, il est midi passé, je sais, ce n'est pas de ma faute, un convoi exceptionnel sur la nationale.

    - Allez dépêchons.

    Je ne vois pas Adeline, serait-elle fâchée?

    - Mon épouse est partie hier soir, elle a pris le train pour Montpellier, sa maman est souffrante.

    Madame Parély a revêtu ses plus beaux atours, elle est d'une élégance, et quelle prestance, la classe, elle nous accueille avec un grand sourire, elle ne râle pas  contrairement à ce que nous annonçait Simone.

    - Je n'ai pas ouvert la grande salle à manger, nous serons mieux dans la petite salle et puis elle est plus proche de la cuisine, c'est plus pratique pour Bastien.

    Je n'avais pas encore vu ce fameux Bastien, l'homme de confiance de madame Parély, homme à tout  faire comme elle le définit, dans les soixante ans, un costaud, une chevelure grise hirsute, plutôt l'allure d'un docker ou d’un bûcheron que d'un cuisinier, car c'est lui qui nous a mitonné un civet de lièvre, et il n'aura pas le loisir de lécher les restes, il y a longtemps que je n'ai mangé du sauvage aussi naturel.

    - Si je vous dis que c'est un produit de braconnage, ne le répétez pas, il y a des lustres, nous recevions du gibier à longueur d'année, à présent nous devons braconner sur nos propres terres pour avoir ce plaisir.

    Le repas se déroule dans une ambiance tranquille, les conversations évitent d'aborder le sujet qui préoccupe Morigny, j'apprends que Sophie, la bru de madame Parély, doit venir avec sa fille, pour deux semaines de vacances. Les deux femmes ne tarissent pas d'éloges sur cette extraordinaire décoratrice, sur cette femme d'une réelle beauté, d'une extrême gentillesse, d'une intelligence rare et d'un charme fou, Jean-François brûle de la connaître, j'imagine que le portrait dépeint lui fait penser que cette créature de rêve n'a rien à voir avec sa chère épouse, revêche, je  suis curieux aussi de rencontrer cet oiseau rare, elle doit bien avoir quelques défauts.

    Le portrait d’Amandine est différent mais tout aussi flatteur que celui attribué à sa maman,  j’aimerais rencontrer cette  demoiselle intelligente et curieuse de tout.

    Avant de quitter le château, je parle d'Anne et de madame Basile.

    - Anne, remplir des bouteilles d'eau, étonnant, pas pour ses besoins personnels, elle ne tenait pas spécialement à devenir centenaire, pour une nouvelle analyse, oui c'est cela, il me semble qu'elle m'en avait parlé, cette nouvelle conforte notre refus d'admettre le suicide.


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  • Au rythme de l’été

     

    Au rythme de l’été mon esprit se balade,

    Quand au matin un coq nous offre son aubade,

    Que l’odeur du café me chatouille le nez,

    Que j’entends à côté quelques bruits familiers.

     

    Le petit déjeuner, la bonne confiture,

    Et le beurre fermier qui sent bon la nature,

    Grand-père qui découpe une tranche de pain,

    Quel infini plaisir  ainsi chaque matin.

     

    Le troupeau de moutons monte de la ruelle,

    Je sors pour saluer le berger et son chien,

    Pendant que dans le ciel tournoie une hirondelle,

    Que j’aime ce moment, je me sens vraiment bien.

     

    Je vais puiser de l’eau en bas dans la fontaine,

    Retrouve mes copains, mes compagnons de jeux,

    Nous avons à loisir, un immense domaine,

    Les ruelles, les champs, les vergers généreux.

     

     


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  • Adeline est dans le jardin, nonchalamment couchée sur un transat, vêtue… si peu… d’un bikini et offrant au soleil gourmand de belles surfaces dorées à souhait.

    -Jean-François est à Avigny, avec sa tante, ils ne devraient pas tarder.

    La dame se lève et enfile un peignoir…Fallait pas !

    Mon arrivée a été remarquée par la voisine, madame Gaston, elle nous rejoint dans le jardinet.

     

    -Vous ne savez pas monsieur Laurent, les voleurs de not’fontaine essayent d'acheter toutes les maisons vides, j'vous le dis moi, ils veulent raser Morigny pour construire des hôtels, c'est l'ancien menuisier, le  Basile qui me l'a dit, vous devriez aller le voir, il en sait des choses, il habite près de la source, la grosse maison aux volets marrons.

    Bonne idée, en attendant le retour de Jean-François, une rencontre avec un autochtone peut être intéressante.

    Je repère facilement la maison du menuisier et, par la même occasion le menuisier qui est dehors, occupé à tailler une haie.

    J'aime bien le contact avec ces gens simples, souvent plus intelligents que certains hommes en vue et toujours plus spirituels.

    - Je suis un lecteur assidu de votre journal, mais j'ai mieux dans la famille, mon père qui vient de fêter ces quatre vingt treize ans vous lit depuis 1925, pratiquement au tout début de votre existence, chaque jour il épluche toutes les pages, fait des commentaires, c'est son occupation favorite, ça vous en bouche un coin.

    Je dois dire que c'est réconfortant de savoir que "La Gazette Républicaine" reste avant tout le journal des braves gens, des gens ordinaires peut-être mais qui restent la base de toute vie possible.

    - Si vous avez l'occasion de revenir ces jours-ci, je vous sortirai un vieil exemplaire, mes parents gardaient ceux de nos dates de naissance, ceux qui relataient des événements très importants et quelques uns pour des raisons personnelles.... La mère Gaston vous a raconté, c'est le clerc de maître Cochet qui fait du porte à porte pour recenser les maisons abandonnées et faire des offres d'achat mais le mot est donné, ces chacals ne viendront pas nous dépouiller, cela suffit; nous allons constituer un comité de défense, contacter les jeunes qui ont quittés le village pour qu'ils s'associent à nous, vous aller voir, pas question de se faire plumer.

    - Dîtes-donc, vous êtes bien placé pour boire à la fontaine de jouvence?

    - On ne peut mieux, c'est pour cela que mon père est encore de ce monde.

    - Vous en êtes persuadé?

    - Non, pensez-vous, son père avait vécu assez vieux, aussi dans les quatre vingt dix et il n'habitait pas à Morigny, c'est ma mère qui était native, elle est décédée à soixante cinq ans, pourtant elle ne buvait que l'eau, mon père boit plutôt du pinard...

    - Vous ne travaillez plus à l’atelier?

    - Je bricole encore de temps en temps, j'ai encore toutes mes machines, rien vendu, j'espérais qu'un fils ou à la rigueur un petit-fils prenne le relais, pensez-vous, ce métier n’est plus rentable. Quand je pense que mon père fabriquait tous les meubles des habitants, depuis le petit lit de gosse jusqu'au cercueil... terminé, les cercueils se vendent au supermarché, comme des boites de petits pois, avant chacun avait droit à une petite touche personnelle, tenez, si je vous disais que mon père a fabriqué son propre cercueil il y a plus de trente ans, à l'époque, il avait quelques problèmes de santé, il pensait qu'il n'irait plus bien loin, amusant non?

    Je n'avais pas remarqué qu'une dame nous écoutait... madame Basile sortait de chez elle, un journal à la main, je reconnais le tout premier titre de "La Gazette", nous en avons aux archives, mais là, comme cela, dans ce village, j'ai un choc, j'aurai aimé que monsieur Magien soit avec moi, il aurait défailli.

    - C'est celui du mardi 24 Août 1926

    - Ma date de naissance et regardez qui  venait de mourir ce jour-là : Rudolp Valentino, sa photo en première page.

    Je feuillette les quatre pages d'un papier jauni, des mines de diamant découvertes en  Afrique du Sud, coup d'état en Grèce. C'est dingue ce retour en arrière.

    Madame Basile ne veut plus me lâcher, parler ainsi avec un étranger, elle en a rarement l'occasion je suppose. Elle me désigne le terrain vague, objet des controverses.

    - Voyez, c'est là-dedans que les autres veulent faire une usine, vous imaginez pour nous, c’est la fin de tout.

     Lors de ma prochaine visite à Morigny, je m'équiperai pour faire un tour dans ce fouillis.

    Monsieur Basile doit deviner mes pensées.

    - Ils ont mis des barbelés autour, c'est comme un camp retranché, ils ne veulent pas de curieux sur leur terrain, pt'être des choses graves à cacher.

    - Et la disparition d’Anne Parély, qu'en pensez-vous monsieur Passy?

    Madame Basile me questionne.

    - Je ne sais pas vraiment.

    - Moi j'l'avais vu le jour de son départ d'ici, près de la source, avant de reprendre la route, elle est sûrement venue prendre de l'eau comme beaucoup de personnes qui ont quitté le village, chaque fois qu’ils ont l’occasion de revenir, ils viennent faire le plein, le pire c’est quand il y a un enterrement, c’est une vraie procession à la fontaine...je vous disais, ce jour-là , je fermais juste mes volets.

    - Le soir donc.

    - Ben au mois de Janvier les journées sont encore bien courtes.

     


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  • La tarte aux mirabelles

    La tarte aux mirabelles

    Louis arpentait son verger, les yeux levés vers les branches de son mirabellier.

    - Il est chargé cette année, je vais pouvoir faire quelques tartes, pensait-il.

    L’an dernier c’était la disette, l’arbre n’avait donné que quelques fruits, vite attaqués par les guêpes, Louis en avait mangé une petite poignée, juste pour lui mettre l’eau à la bouche.

    Il y a deux ans, Germaine était encore de ce monde, c’est elle qui confectionnait ce succulent désert de saison.

    -Je salivais rien qu’en humant la bonne odeur s’échappant du four.

    Faire une tarte, ce n’est pas compliqué, il suffit d’acheter une pâte déjà préparée et de la garnir de mirabelles.

    C’est ce que pensait le veuf, mais il fut déçu en sortant sa tarte du four, elle n’avait pas un aspect engageant et l’odeur n’était pas comparable à ce qu’il avait connu. Encore plus déçu à la première bouchée, la pâte était molle, insipide, les fruits presque en bouillie.

    -Tenez mes cocottes, régalez-vous. Louis venait de donner le reste de la tarte à ses poules, mais elles n’étaient pas plus enthousiastes que lui.

    - Ah ! Si ma Germaine était là, elle m’en aurait fait des tartes succulentes !

    Comme beaucoup de personnes seules, Louis avait fait cette déclaration à haute voix.

     

    -Ma parole, j’ai des hallucinations, je sens une bonne odeur, ça doit venir de chez la voisine, elle a aussi un beau mirabellier.

    Louis venait de rentrer des courses, il avait déjeuné  à la cafétéria de l’hypermarché, comme chaque jeudi.

    C’est en ouvrant la fenêtre de la cuisine qu’il découvrait, posé sur le rebord extérieur, un plateau recouvert d’une assiette.

    Avant de soulever le couvercle, il avait déjà deviné ce qui se cachait dessous.

    -Aussi belle que celle de ma Germaine.

    Et aussi bonne, sinon meilleure.

    Sous le plateau, un petit mot était glissé …Merci de me rapporter le récipient… Et c’était signé… votre voisine.

    Louis ne tardait pas à sonner à la porte d’Annie Langlois, une dame divorcée, installée dans la maison de feux ses parents depuis quelques mois.

    -Elle vous a plu ? J’en suis ravie, la prochaine, venez donc la déguster avec moi.

    Une véritable cure de tartes aux mirabelles, la dégustation se prolongeait par des parties de cartes, des soirées qui, la saison des fruits passée perduraient.

    Annie Langlois n’avait pas que des talents de cuisinière et les deux voisins se découvraient de nombreux points communs, mais chut, c’est un secret…

     

     


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  • Les gendarmes étaient parvenus à découvrir le responsable du jet de pierre coupable, un gamin de quatorze ans qui fut sévèrement sermonné, son père risquait de payer des dommages et intérêts mais la victime, bon prince, avait retiré sa plainte en apprenant l'âge de son agresseur.

    Un ‘beau geste’ qui ne calmait pas les ardeurs des irréductibles, la crainte d’être privé de l’eau de la fontaine maintenait la pression. Tous ont envie de vivre vieux, malgré les plaintes de beaucoup jugeant la vie impossible.

    J’apprenais que le blessé n'était plus à la clinique des Bouleaux, transféré dans un endroit secret, les derniers communiqués du docteur Marlin parlaient de sérieuses lésions sur un nerf optique.

    Enfin, le maire, Norbert Gallot daignait me recevoir, il a lu mon dernier papier où je modère un peu mon point de vue, j'aurai plus de facilités à évoluer dans le secteur en gardant une attitude neutre, j’avais prévenu mes amis en leur demandant d'être discret.

    - Que cherchez-vous exactement monsieur Passy, à attiser le feu qui règne à Morigny ? vous ne pensez pas qu'il y a assez de violence dans le monde, se battre entre voisins ce n'est pas joli.

    - Qu'appelez-vous voisins, des rapaces qui tentent de mettre le grappin sur un patrimoine jusque là jalousement conservé?

    - Comme vous y allez  il ne faut pas exagérer, ils sont encore une poignée de francs-tireurs, entre nous un peu attardés, vous avez dû vous en rendre compte, à part vos commanditaires je le reconnais, nous savons tout de vos allées et venues dans le village, votre visite à la fontaine, chez la châtelaine.

    - Vous avez de bons informateurs,  je m'en souviendrai à l’occasion.

    - Pour en revenir à cette sacrée source de la discorde, le projet en cours n'a pas encore les agréments désirés,  cela risque de durer encore quelques années avant l'exploitation.

    - Et vous pensez que la domestication de la source va apporter autre chose qu'une  renommée?

    -Une telle opération rapportera un fric fou, la commune bénéficiera de cette manne.

    - Vu sous cet angle, seulement, tout est ramené au seul critère de l'argent, c'est désolant.

    - C'est l'époque, il faut vivre avec son temps.

    - Et vous connaissez les promoteurs, qu'en pensez-vous, ce ne sont pas des charlatans qui veulent commercialiser une eau miraculeuse?

    - Maître Cochet qui est un homme respectable et respecté est chargé de représenter le groupe propriétaire, j'ai eu des contacts également avec monsieur Duflaux qui me semble être le financier, d'ailleurs c'est lui qui a signé les actes d'achats au nom de la société. Ce que je ne comprends pas, c'est que personne ne blâme madame Parély, c'est pourtant bien elle qui a vendu ce terrain, elle pensait avoir fait une bonne affaire, paraît qu'elle a vendu ce tas de cailloux pour cinq briques, et sa fille Anne, s'en est mordu les doigts, elle commençait à faire du cinéma pour empêcher les acheteurs de mettre leur projet à exécution, un peu tard, elle aussi avait vu la bonne affaire au départ.

    Comme me l’avait recommandé madame Parély, je taisais les circonstances de la transaction concernant le terrain, cela pouvait devenir une arme intéressante dans l’avenir. L’affaire me semblait trop bien ficelée pour n’être qu’une opportunité, authentique ou falsifiée la reconnaissance de dette était arrivée à point nommée pour que Duflaux et sa société mettent le grappin sur le terrain convoité.

    - Et cette disparition soudaine et inexpliquée de la fille de madame Parély, vous l'expliquez comment?

    - Tout simplement je suppose qu'elle en avait marre de lutter pour rien, elle  savait sa cause perdue d’avance, elle a préféré en finir avec la vie plutôt que de paraître ridicule, ces gens-là ont un certain orgueil.

    - Et son frère, l'avez-vous connu?

    - Je venais d'être élu maire quand l'accident a eu lieu, nous avions des contacts assez restreints, ce que je peux vous dire c'est qu'il était souvent pris de boisson, d'ailleurs son choc contre un arbre n'a surpris personne.

    - Vous connaissiez ses amis chasseurs?

    - Il ne chassait pas ici, il avait une chasse à  Oréville, vous  voyez le genre, la plus  belle chasse de la région, réservée au gratin, aux nantis.

    Ce monsieur doit avoir quelques comptes à régler avec les notables de la région, ses propos sont presque haineux.

     

    Madame Parély me reçoit à l'intérieur, un orage menace, quelques gouttes commencent à tomber. La pièce où elle m'introduit ne ressemble en rien au reste du décor, c'est un boudoir dont le plafond a été rabaissé, c'est évident, un ensemble salon en cuir de style moderne, un grand meuble supporte des rangées de livres mais aussi un téléviseur, un magnétoscope et une chaîne stéréo.

    - Mon antre, c’est ici que je me replie par mauvais temps, cela arrive trop souvent, j’ai tout sous la main ou presque, dans cette pièce, j’oublie que de grands murs m’entourent, qu’un toit immense m’écrase, surtout les jours d’orage ou de tempête...Vous ne pouvez savoir comme cette grande bâtisse craque et gémit quand le vent souffle fort, c’est atroce, j’entends hurler mes ancêtres et mon mari, Alex rire et Anne pleurer...Dieu merci, il me reste un motif pour rester en vie, une enfant adorable à qui je pense sans cesse, si vous rencontrez Amandine, vous serez séduit...c’est gentil de revenir, seulement, à cause de ce malheureux accident, les villageois n'oseront plus empêcher les autres d'accomplir leur basse besogne, la partie est perdue, c'est bien triste.

    - Parlez-moi un peu des amis de votre fils, à votre avis, qui aurait pu être le bénéficiaire du billet?

    - Anne avait commencé à faire une enquête discrète, si seulement elle m'avait dit où elle en était, je suis persuadée qu'elle approchait du but, c'est pour cette raison qu'elle a été supprimée.

    La châtelaine me donne le noms des chasseurs, ce sont tous des personnes en vue comme l’avais affirmé le maire,  je ne sais pas encore comment je peux articuler une série d'interviews auprès de ces messieurs, de quelle manière je peux les approcher tout en restant dans le cadre de mon job.

    Après quelques éclairs et quelques grognements, finalement l’orage s’éloigne pour faire place à un soleil généreux, je salue la châtelaine, lui promettant de suivre l’affaire.

    …………


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