• La mémoire oubliée

    J’attendais l’invitation de la PJ, Olivier m’appelait le lundi après-midi.

    -Je sais, c’est un peu à la dernière minute mais il me fallait l’accord de mes supérieurs pour accepter ta présence, tu peux venir avec ton photographe, demain mardi 8 heures, rendez-vous devant la masure.

    -Du nouveau concernant le crime de Montlieu ?

    -La presse aurait été avertie, non, deux pistes, celle de ton zombie d’où la perquisition à Champbourg et celle de trafiquants d’armes anciennes, je suppose que tu préférerais la seconde ?

    C’est évident, si ce revenant est un fils Mazard, pour quelles raisons aurait-il supprimé Simon Chauby ?

     

    En passant devant la ferme Perret, j’aperçois Roger, il me fait un signe de la main, je m’arrête.

    -Je n’ai pas le courage d’accompagner les policiers pour la visite, mes administrés sont prévenus, vous n’aurez aucun curieux, chacune, chacun va rester chez soi, personne n’a jamais osé pénétrer dans cette maison, même les gosses s’en écartent, je ne crois pas trop aux lumières qui soi-disant dansent la nuit derrière les fenêtres, je vais à la mairie, l’inspecteur Mansuy doit m’y rejoindre à l’issue de la perquisition.

     

    -On a failli annuler cette opération, le coupeur de têtes de Montlieu, cravaté cette nuit à une cinquantaine de bornes d’ici, un dingue féru d’armes anciennes, il a avoué, il voulait acheter un fusil de valeur à Chauby qui a refusé, il a trouvé un moyen de s’emparer,  enfin c’est sa version.

    Cette nouvelle me rassure.

    -Reste tout de même l’incendie, l’œuvre d’un autre individu, et puis il faut rassurer les gens du bled, les histoires de lumière dans la nuit les traumatisent.

    La porte d’entrée résiste, nous pénétrons par une remise qui communique avec la cuisine, en fait la pièce principale éclairée par deux fenêtres sans carreau, une odeur désagréable flotte dans cet endroit et nous pique les narines, tout de suite nous constatons qu’elle a été occupée il y a peu de temps, plusieurs sacs poubelle sont remplis de linge et de vêtements moisis, de papiers jaunis.

    Sur une grande table vermoulue trainent des miettes de pain, des peaux de saucisson et plusieurs journaux.

    -Laurent, un lecteur de la Gazette.

    Les journaux sont récents, je les feuillette et, comme je le supposais, ce sont ceux qui relatent les faits-divers, l’incendie du hangar, la sonnerie de cloches, mais également les articles concernant l’assassinat de Simon Chauby.

    Un verre et un couteau sont posés sur l’évier en pierre, dans un coin de la pièce, un sac de couchage neuf.

    -Les gens du bled n’ont pas rêvé, cette masure a bien été squattée.

    Sur un buffet bas, quelques cadres supportant des photos, difficile de voir ce qu’elles représentent même en essuyant la poussière, mais sur l’un des clichés, je devine quatre enfants, une fille et trois garçons.

    Ce décor est oppressant, nous parlons presqu’à voix basse, l’impression de violer un sanctuaire.

    Un gendarme doit forcer une porte afin de visiter les autres pièces.

    Nous sommes dans une chambre, avec un grand lit de bois au matelas en décomposition, une armoire ouverte et vide, son contenu doit être dans les sacs en plastique.

    Une autre pièce attenante comprend trois lit à ossature fer, sans doute la chambre des garçons, une autre porte n’offre qu’une faible résistance et j’entre dans une petite pièce, la chambre de la jeune fille je suppose. Un seul lit en fer, rongé par la rouille, la literie est en charpie, les souris et les rats doivent hanter cet endroit lugubre.

    Un rayon de soleil entre par une petite fenêtre haute et éclaire une partie du lit, là où se trouvait l’oreiller, je pense à Margot, victime innocente de la barbarie nazie à l’aube de sa vie de femme.

    J’hésite à ouvrir le tiroir de la table de nuit, je découvre un porte-cartes, les feuillets sont collés, je détache délicatement plusieurs photos, dont celle d’un jeune homme, un amoureux probablement, au dos les traces d’une écriture, je glisse cette photo dans ma poche dans un réflexe inexplicable.

    Le tour de la maison est terminé, nous sortons en silence, quelques gendarmes étaient en faction mais ils n’ont pas eu besoin de canaliser les curieux, Roger avait raison, pas une âme qui vive dans la rue, et pourtant il fait un temps superbe.     

    Benoît est ému, comme nous le sommes tous, il n’a pris que quelques photos.   

     

    -Vous allez à la mairie, je peux vous accompagner, j’aimerais parler à Roger Pierret ?

    -Je n’y vois pas d’inconvénient Laurent, je vais déjà l’informer que son harceleur n’est pas l’assassin de Chauby, je pense que cette nouvelle va lui plaire aussi.

    Effectivement le maire de Champbourg est soulagé.

    -Reste à savoir comment va réagir celui qui a occupé la maison en constatant qu’elle a été visitée, je me demande, et qui est-il ? Celui qui nous empoisonne, sans aucun doute.

    Mansuy rassure :

    -Les gendarmes vont exercer une surveillance, faire des rondes régulières, cette affaire n’est plus de notre ressort.

    L’adjudant Quentin confirme.

    Je choisis ce moment pour parler de Hans, de son choc en croyant reconnaître monsieur Mazard.

    -Le retour d’un des fils devient probable, mais pourquoi se cache-t-il ?

     

    Avant d’aller au bureau, je passe à la maison, mes vêtements sont imprégnés d’une mauvaise odeur, je suis obligé d’ouvrir les vitres de la voiture.

    -En effet, tu sens mauvais, prend une douche et change-toi.

    Martine est comme moi, elle est sensible aux odeurs, c’est un bienfait car elle utilise un parfum discret et souvent me demande mon avis à partir d’échantillons.

     


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