• La mémoire oubliée

    Je passe à la ferme Pierret,  l’épouse de Roger me reçoit ;

    -Nous sommes anxieux, l’individu qui menace mon mari est passé aux actes, quelle sera sa prochaine vilaine action ?

    J’évoque le vol du tableau, je suis convaincu que le cambrioleur et le corbeau ne font qu’un.

    -C’est fort possible mais pourquoi aurait-il volé cette peinture naïve ?

    -Vous m’aviez dit que ce tableau représentait une vue du village ?

    -Oui, ma belle-mère montait à flanc du coteau qui domine Champbourg, sur un petit promontoire, juste derrière la ferme, elle installait son matériel à cet endroit et peignait soit le village, soit la campagne, venez je vous montre ses œuvres.

    Trois petits tableaux sont accrochés au mur de la salle à manger, ce ne sont pas des œuvres d’art mais ils sont assez représentatifs.

    -Le disparu ? Vous m’avez dit que c’est une vue du village, vous m’avez parlé de l’église et de la mairie.

    -Oui, le centre de Champbourg vu du promontoire.

    -Vous pourriez m’indiquer l’endroit ?

    -Je vous guide, cela me fera un peu d’exercice.

    Un sentier monte vers une sorte de plate-forme, des pierres témoignent d’une ancienne construction.

    -C’est dans cet angle que ma belle-mère avait peint ce tableau,  le clocher, une partie de la place, le préau de l’école, le toit de la mairie et quelques maisons, c’est exactement ça, à part le hangar en tôle qui n’existait pas.

    -Qui masque quelques habitations ?

    -Oui, quelques-unes en effet.

    J’arrive à me repérer et mon idée se concrétise, derrière la laideur de ce hangar doit se trouver la maison des Mazard.

    Roger Pierret arrive alors que je quittais son épouse, il semble en colère.

    -Encore un acte de sabotage de ce fantôme, il a cisaillé la clôture de l’un de nos enclos, six génisses et quatre veaux ont disparu.

     

    Quelques jours d’accalmie apaisaient  les esprits mais cela n’allait pas durer.

    -Laurent, un crime à Montlieu, à l’ancien passage à niveau, un dénommé Chauby.

    Je préviens Benoît afin qu’il me rejoigne sur place, quel Chauby, Simon ou Pierrot ?

    Je suis vite informé, en descendant de voiture, j’aperçois Pierrot devant la maisonnette, il est effondré.

    -Monsieur Passy…le frangin…

    De nombreux badauds sont refoulés de l’autre côté de la route par les gendarmes.

    - Cette fois c’est du sérieux, Simon Chauby, le cou tranché par l’une de ses armes blanches, la police se charge de l’enquête, nous avons été mandés pour effectuer le service d’ordre.

    L’adjudant Quentin est visiblement mécontent, toujours cette rivalité entre la gendarmerie et la police.

    -Quel commissaire ?

    -C’est l’inspecteur Mansuy, vous le connaissez.

    Olivier Mansuy est l’un de mes bons contacts à la PJ, je vais attendre sa sortie pour en savoir plus.

    Le corps de Simon évacué, les voyeurs commencent à refluer vers la ville. Je suis fébrile, j’espère que l’auteur  n’est pas celui qui sévit dans les parages, jusqu’à présent, il ne commettait que des grosses farces.

    -Pas beau à voir, le pauvre homme s’est pourtant défendu, il a les mains tailladées, il avait de quoi se faire trucider, de la cave au grenier, tu connaissais sa collection, Laurent?

    J’explique à Olivier que je la connais depuis peu.

    -Tu as cinq minutes à me consacrer ? J’ai peut-être des tuyaux.

    -Viens dans ma voiture, je sais déjà ce que tu vas me raconter, je lis ta rubrique figure-toi.

    Je résume, en commençant par la menace reçue par Roger Pierret, des ennuis que vient de connaître Champbourg, de la famille Mazard.

    -Alors tu penses qu’une sorte de Zorro écume la campagne, allume un feu, empoisonne l’eau, sonne les cloches et lâche les vaches, et puis, dans son élan, tranche la gorge d’un brave homme !

    -Il a peut-être supprimé deux hommes, les anciens maires de Champbourg.

    -Oui, en effet, mais quelle constance et il prend son temps entre ses crimes, 45, ensuite 78, maintenant 88…Bon, à tout à l’heure, j’attends le procureur, rendez-vous à la mairie de Montlieu, informations à la presse d’ici une bonne heure.

    Nous n’apprenons rien de plus de la bouche du procureur, Simon Chauby s’est effectivement défendu, l’assassin lui avait déjà porté un cou de sabre dans la cuisine, des traces se sang le prouvent, puis il l’a achevé dans le cellier où Pierrot a découvert le corps vers midi et demi.

    -L’heure du crime, environ neuf heures du matin.

     


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