• La fontaine de jouvence

     

    La petite église de Morigny n'avait jamais connu une telle affluence, une foule énorme était restée à l'extérieur, Martine avait tenu à m'accompagner, madame Parély voulait que je reste à ses côtés, j'étais très ému de cette demande, c'était la première fois que je participais aux obsèques d'une victime dans de telles conditions.

     

    Je constatais qu'Adeline était venue rejoindre son mari et que Sophie s'appuyait sur le bras de son ami architecte, Amandine soutenait à sa grand’mère.

     

    Martine et moi faisions connaissance avec ces inconnus à l'issue de l'inhumation intime en nous promettant de nous revoir.

     

    Monsieur Magien ne s'intéresse pas tellement à cette affaire, il trop occupé avec son sondage-concours qui connaît un engouement exceptionnel, un quotidien qui couvre une autre région vient de plagier notre idée.

     

    Je récolte les renseignements par bribes, ce n'est pas mauvais pour l'alimentation de ma rubrique mais, j'aimerais que les enquêteurs avancent un peu plus vite.

     

    Benoît me félicite pour les photos, pourtant j'étais mort de trouille en lui tendant la pellicule, persuadé que beaucoup étaient ratées.

     

    - Tu peux m’agrandir celle-ci.

     

    - Tu as un endroit particulier que tu veux grossir, c’est possible.

     

    - Essaye de détacher ce personnage, accroupi à coté des bacs à fleurs, à ton avis il a un mégot au coin des lèvres ?

     

    - Difficile à dire, possible.

     

    Même avec une loupe c’est impossible d’être formel.

     

    - C’est peut-être un effet de lumière, je vais  zoomer sur son visage, nous verrons.

     

     

     

    - Les fumeurs de Gitanes sont encore nombreux malgré la poussée des blondes, j’admets que ce Berlingot peut être suspecté mais c’est un peu léger comme indice...le laboratoire sèche, les deux autres mégots trouvés dans la voiture ont été trop longtemps oubliés.

     

    Je montrais la photo grossie, le jardinier avait bien une cigarette à la bouche.

     

    - Ca, nous pouvions le savoir rien qu’en interrogeant son entourage.

     

    J’ai compris, ces messieurs doivent approcher du but, suivant leurs mauvaises habitudes, ils me prient de me mêler de mes affaires et de les laisser oeuvrer tranquille.

     

    Un autre doit sentir que les enquêteurs approchent de la vérité, maître Cochet téléphone à madame Parély et lui propose de lui rendre la fameuse reconnaissance de dette.

     

    - Je lui ai dit que c’est vous qui iriez la récupérer, ai-je bien fait ? vous passez et je vous signe une procuration.  

     

    Sophie est encore en congés et se propose de m’accompagner, ce que j’accepte avec plaisir.

     

    - J’ai hâte de voir ce papier, je pense que je vais être capable de déceler une anomalie concernant le chiffre, je connaissais l’écriture particulière d’Alex, sa façon de d’accentuer certaines parties de lettres ou de chiffres et d’en atténuer d’autres.

     

     

     

    J’ai bien l’impression qu’une autre raison avait poussé la jolie dame à m’accompagner, l’envie de sortir un peu d’une sorte de prison, elle me l’avouait.

     

    - Je me dois de rester encore quelques jours avec maman, mais c’est vrai que cette vie monacale ne me convient pas du tout.

     

     

     

    Je freinais brusquement et me garais sur un petit parking.

     

    - Que vous arrive-t’il ?

     

    En passant devant un ensemble de bâtiments, il m’avait semblé apercevoir, dans une sorte de cour, le clerc de notaire en discussion avec un homme. A peu près certain que cet homme n’est autre que le jardinier de Morigny. La rencontre d’un mangeur de pommes et d’un fumeur de gitanes n’est peut-être qu’une coïncidence...je faisais demi tour.

     

    Trop tard, plus personne, mais une voiture sortait d’un chemin et ce véhicule était bien celui de Simon. Je lui laissais prendre du champ avant de repartir alors que Sophie était interrogative, je lui expliquais.

     

    Je suis certain que maître Cochet est dans l’étude, encore plus certain que son clerc est là puisqu’il nous devançait et que sa voiture est garée sur le parking, mais aucun ne daigne nous recevoir, c’est une employée au demeurant fort aimable qui me donne une enveloppe cachetée contre ma procuration.

     

    - Vous pouvez contrôler monsieur Passy.

     

    Je contrôle et constate qu’il s’agit bien de l’orignal de cette fameuse reconnaissance de dettes.

     

     

     

    - Sans être formelle, je pense qu’effectivement un zéro a été ajouté...où allez-vous ?

     

    - Je prends la direction d’Oréville, vous connaissez, charmant village dans les bois...nous allons présenter ce papier à Pierre Salavti, il nous dira si il s’agit bien de celui que votre mari lui avait signé...avec un zéro en moins.

     

     

     

    - Oui sans hésitation.

     - Comment cette feuille est arrivée dans la poche  des amateurs d’eau miraculeuse ?

     

    Nous retournons à la gendarmerie afin de faire part de nos remarques, ma passagère n’est plus la même depuis que nous avons récupéré la reconnaissance de dette, elle ne parle plus, regarde devant elle, je la sens bien lointaine. C’est après un soupir qu’enfin elle exprime ce qu’elle ressent.

     

    - Notre rencontre, les fiançailles, le mariage, nos voyages,  ma grossesse, la naissance d’Amadine, cinq ans d’intense bonheur, si j’avais connu la suite...

     

    - Mais vous avez retrouvé le bonheur.

     

    - Croyez-vous ? non, le vrai bonheur n’existe que durant la jeunesse, cette période de totale insouciance, quand l’égoïsme se partage à deux, uniquement à deux, quand le monde extérieur est devenu étranger, les gens et les choses, même celles qui vous sont proches...plus tard quand on devient adulte, c’est impossible, ce n’est plus le bonheur, c’est une sorte de compromission avec la vie, un échange de bons moments souvent bien courts contre des moins bons et des mauvais, souvent bien longs...

     

     

     


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