• La fontaine de jouvence

    Bien gentil, le pépé,  mais je n'ai pas envie de parler de l'air ni de débiter des paroles oiseuses; et sa bonne air dont il chante les louanges, est un peu parfumée aux vapeurs d'ensilage et aux effluves de lisier.

    - Et puis nos belles fleurs, au moins mon remplaçant, il augmente les impôts mais il nous embellit.

    Je n'avais pas remarqué un autre puits agencé de la même façon que celui proche de la fermette de Jean-François, c'est vrai, intelligente reconversion.

    - Ils ne servaient plus à rien, nous avons l'eau courante depuis onze ans, c'est vous  dire et puis au moins personne n'a plus envie de se foutre dans le trou.

    - Pourquoi, cela arrivait?

    - Au moins une fois par an, dès fois plus, remarquez ils n'étaient pas tous morts, ce puits n'était pas assez profond, ceux qui se balançaient dedans le savaient, ils risquaient tout juste quelques bosses et en s'y prenant bien, ils n'avaient pas même une égratignure, je me souviens d'une bonne femme, quatre fois qu'elle a fait le saut, en toute impunité, elle voulait faire chanter son mari et vous savez quoi, elle est tombée de  deux marches devant chez elle et elle a eu le crâne fracassé, morte sur le coup.

    - C'est pas son mari qui en a eu marre d'aller la repêcher?

    - Ah  c’est des malins les journalistes, c'est ma foi vrai, pas méchamment qu'il l'a poussé, juste pour rire un brin.

    - Et les autres puits étaient plus dangereux?

    - Celui du haut, terrible, plus de vingt mètres de descente et deux à six mètres de flotte suivant les saisons, pas question d'y réchapper, une jeune fille à été sauvée de justesse, les autres couic... et celui du Bavolet, derrière la mairie, il a été comblé en 60, un fou avait jeté son gamin dedans et l'avait suivi, il valait mieux ne pas  le laisser ouvert, la  mère voulait s'y précipiter à son tour... chaque puits avait une histoire, je pourrais vous en raconter pendant des heures.

    Je ne sais pas si l'ancien affabule ou si ses histoires sont réelles mais il me tient en haleine, une belle idée de reportage encore, les pauvres citadins enfermés dans leur béton  et leur asphalte seraient friands de contes extraordinaires, il faut faire vite, bientôt ces vieux témoins vont disparaître, puis les légendes, puis les souvenirs, puis les maisons, puis les villages, puis notre mémoire.

     

    Jean-François a un air interrogateur, il se doute que je viens d'apprendre une nouvelle désagréable le concernant, je ne dis rien, je laisse le soin aux femmes d'avouer et de consoler, elles sont spécialisées.

    Comme promis, Hervé me donne les coordonnées de son copain géologue, il lui a communiqué les résultats de son analyse, je l'appelle.

    - Il était temps, je pars dans huit jours pour l'Afrique du sud, je viens de signer un contrat de trois ans avec une compagnie minière; j'ai lu le rapport d'Hervé, une eau qui a traversé de nombreux sols  différents, il est certain qu'en profondeur, elle doit avoir  une composition nettement plus pure, telle qu'elle se présente actuellement à la sortie de la source, elle n'obtiendrait probablement pas l'agrément, les nitrates sont véhiculés par les eaux de ruissellement qui viennent se mélanger; un prélèvement souterrain donnerait une autre structure et de ce fait un agrément possible.

    - A quelle profondeur?

    - Difficile à évaluer sans connaître la nature du terrain, Hervé m'a indiqué l'endroit du gisement, c'est une région tourmenté sur le plan géologique avec de grosses variations de structure rocheuse.

    Je reste un peu sur ma.. soif mais je n'ai pas les moyens de creuser un puits pour aller chercher quelques verres d'eau dans le ventre de la terre.

    ……………


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