• La fontaine de jouvence

    Je me demande quelle va être la réaction de Gino Mathieu, personnellement je suis ennuyé, cela aurait pu être pire, irrémédiable, nous avions peur que Pierre Salvati ne règle son contentieux de façon violente, et c’est lui la victime d'une tentative d'assassinat, quelle chance inouïe pour lui et par ricochet pour Gino et moi, je fonce à la gendarmerie d'Avigny pour recueillir les dernières informations.

    - Vous êtes en avance, nous préparons un compte-rendu pour la presse, je peux simplement vous dire que monsieur Salvati est hors de danger, il est encore à l'hôpital de Mareilles, choqué psychologiquement, il a bénéficié d'un concours de circonstances que nous pouvons qualifier de miraculeux.

    L'adjudant  Cavalier m'explique que l'industriel était dans les bois et qu’au moment de reprendre son véhicule, il a reçu une balle de carabine en pleine poitrine, coup de chance, il venait de faire un relevé de grumes et avait glissé le listing et son support métallique dans son blouson; protection providentielle, il a foncé dans sa voiture avant qu'un second coup de feu éclate, il n'a pas eu la possibilité de voir son agresseur qui devait être caché derrière un arbre.

    - Vous aurez les détails techniques dans le rapport, le capitaine Henry est chargé de l'enquête, pour le moment nous pensons à une vengeance, celle d'un ouvrier licencié, ou à  une rivalité professionnelle.

    Il m'est difficile de dévoiler directement ce que je suppose, si cette agression est liée à l'affaire de Morigny, la détermination des assassins est grande et d'autres personnes sont en danger, je pense aux frères Mathieu.

    - Monsieur Salvati ne vous a pas donné d'indications concernant son agresseur? Se sentait-il menacé? dans son entourage, parmi ses amis?

    - Vous n'auriez pas une petite idée derrière la tête ou un renseignement important? si vous savez quelque chose, soyez assez aimable pour nous en informer, la vie d'autres personnes est probablement en jeu.

    Le militaire a raison et je ne peux garder plus longtemps ce que je sais, je résume l’affaire de la reconnaissance de dette, les soupçons des frères Mathieu et de Pierre Salvati.

    - Merci de votre collaboration, effectivement, nous avons quelques indications dans ce sens, nous assurons une protection autour de certains témoins capitaux, nous interrogeons un suspect, nous soupçonnons des complicités, vous comprenez, l'enquête débute et nous ne pouvons tout dévoiler.

    Je me doutais que l'aîné des Mathieu cherchait à me contacter, je parviens à le joindre dans sa voiture.

    - J'arrive juste devant chez moi, j'ai appelé à votre bureau, comment se fait-il que vous n'ayez pas encore le téléphone dans la bagnole, c'est indispensable de nos jours?

    Je suis d'accord, quoique je ne pousse pas trop dans cette direction, arme à double tranchant, fini la liberté, nous y arrivons un jour, c'est inéluctable et puis les prix ont sérieusement fondus, c'était l'obstacle naturel pour monsieur le PDG.

    - Je suis sous surveillance de la gendarmerie, enfin discrètement, j’ai parlé de cette affaire de falsification,  à votre avis, qui a vendu la mèche, pas moi et  vous encore moins, je suppose, une écoute téléphonique? J'ai fais contrôler mes appareils, rien.

    - Nous étions bien seuls chez vous, vos employés ne peuvent capter les conversations, un standard, un autre appareil?

    - Non, impossible, j’ai un système protégé, le contraire oui.

    - Alors à l'autre bout? et le toubib?

    - Pas Maurice, reste des fuites possibles chez Pierrot, son installation téléphonique est archaïque, chacun peut écouter le voisin, sa secrétaire, son contremaître à la scierie, sa femme, à mon avis c'est de là que proviennent les fuites.

     

    J'ai pris contact avec le commissariat central de Châlons-sur-Marne, je dois passer à Morigny prendre une procuration signée par madame Parély qui finalement accepte que la voiture soit rapatriée dans le secteur, Jean-François m'accompagne pour ramener la Clio chez un garagiste d'Avigny.

    Je passe à la gendarmerie, récolter d'éventuels renseignements complémentaires, le compte-rendu fournit à la presse par le capitaine est plus que succinct, cette discrétion sent le gros poisson.

    Le" blessé’ se porte comme un charme, normal pour un homme des bois, il n'en est pas de même de l'autre Desbois, le vrai, Vincent, hospitalisé après une crise cardiaque, les soupçons se sont dirigés vers lui à grandes enjambées, les gendarmes, hommes de terrain, eux, ont appris que, contrairement à ce que pensait Gino, madame Salvati entretenait encore des relations coupables avec le promoteur, épisodiques certes mais néanmoins suffisantes pour que Vincent Desbois soit averti du danger qui le menaçait, peur réelle pour sa vie, peur de découvertes frauduleuses, le promoteur n'est pas en mesure de répondre aux questions. Je suggère à la gendarmerie de parler de la somme inscrite sur la reconnaissance de dette à ce monsieur dès qu'il se réveillera et de réclamer le fameux billet au détenteur actuel, maître Cochet.

    - Délicat, le notaire a le bras long, il nous faudrait quelques preuves supplémentaires, je vais en parler à ma hiérarchie.

     

    - Vous êtes notre sauveur, Jean-François a eu une excellente idée de vous contacter, avec cette tentative d’assassinat, les bandits se sont trahis.

    Simone Louyot s’enflamme un peu vite, j’apporte un bémol à sa fougue.

    - Le coup de feu est peut-être étranger à notre affaire.

    - M’étonnerait, attendez la suite.

     


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