• La fontaine de jouvence

    Martine est ravie de l'invitation de Simone Louyot.

    - J'aime bien la campagne et puis je vais voir ta noble cousine.

    La tante de Jean-François m’avait téléphoné pour me confirmer son aimable invitation, je l’avais sommairement mise au courant du résultat de mes premières investigations.

    - Voyez que nous sommes dans le vrai, j’étais certaine que cette histoire de reconnaissance de dette était la clé de l’affaire...nous en reparlerons lors de votre visite, mais surtout pas devant madame Parély.

     

    Sophie est conforme au portrait tracé par Simone, elle a beaucoup de charme, c’est aussi l’avis de Jean-François qui ne la quitte plus des yeux.

     

    Madame Parély parle de la messe à laquelle elle a assisté le matin, tante Simone avait trop de travail pour s'y rendre.

    - Et puis, une messe chaque mois, j'ai perdu l'habitude, le curé est pressé, il se dépêche et mange la moitié des prières, il faut le comprendre, il a cinq paroisses à sa charge...la messe ! encore une tradition qui va disparaître dans nos campagnes.

    Que dire du menu, à l'image de notre hôtesse d'un jour, gai, généreux, chaleureux, tante Simone est un vrai cordon bleu.

    Et le décor ? surprenant sur le coup puis finalement agréable, intime; la salle à manger de madame Louyot n'a pas de fenêtre ; imbriquée dans la grande maison, une porte vitrée donne dans l'entrée alors que l'éclairage principal tombe d'une verrière, en plein milieu  de la table ronde, diffusant une lumière un peu irréelle ; les ombres sont repoussées contre les murs, la vue d'un ciel nuageux, au-dessus de la vitre, donne une impression curieuse, la luminosité et la profondeur de champ empêchent de lever trop souvent les yeux au risque de ressentir comme une sorte de vertige.

    Le retour à la normale dans la véranda me permet de bavarder un peu plus longuement avec Sophie.

    - Imaginez la douleur de maman, le corps d'Anne n'a jamais été retrouvé, c'est encore plus terrible, si elle a été victime d'un meurtre comme nous le supposons, les assassins ont réussis à la faire disparaître à tout jamais.

    - Et la voiture, qu'est-elle devenue?

    - C'est vrai, nous devrions pouvoir la récupérer, elle est entre les mains de la police de Châlons-sur-Marne je crois, je vais me renseigner à ce sujet.

    - Aucun indice dans le véhicule, une lettre?

    - Nous ne savons que peu de choses concernant le véhicule, les policiers ont été avares  de renseignements.

    - Je vais demander à madame Parély de prendre des nouvelles de ce véhicule, qu’en pensez-vous ?

    - Vous allez raviver sa peine, je suis certaine qu’elle ne désire plus revoir la Clio d'Anne dans la cour du château,  à mon avis, il faudra confier cette voiture à un garage pour la mettre en vente... si la police nous là restitue. Vous pourriez nous conseiller à ce sujet?

    Je propose de m'en occuper, j'aimerais questionner les policiers qui se sont occupés de cette affaire.

    Sophie est d'accord et me promet d'obtenir l'aval de sa belle-mère.

    - Je vais me débrouiller pour l'amener sur le sujet avec douceur, elle est d’une telle sensibilité.

    Nous parlons encore longuement de sa belle-sœur qu'elle estimait beaucoup.

    - Elle était véritablement une sœur pour moi, avant l'accident d'Alexandre, elle avait compris que je ne pouvais plus vivre avec un être pareil, l'avenir moral d'Amandine était en jeu, mon équilibre aussi, elle m'a aidé à passer le cap particulièrement difficile de la séparation, ménageant sa maman et la préparant à cette rupture qui allait lui faire de la peine, ensuite, Anne a loué un appartement au-dessus du mien, elle me secondait dans les tâches ménagères, s'occupait de sa nièce, en plus de ses actions humanitaires.

    J'osais aborder d’autres questions.

    - D’après les dires, c’était une jolie femme et elle avait d’autres qualités, ses rapports avec les hommes ?

    - Elle avait connu plusieurs hommes avant de venir s'installer à Reims, elle me racontait absolument tout, puis elle avait rencontré un monsieur nettement plus âgé qu'elle ,un veuf qui militait également dans différentes associations humanitaires, malheureusement cet ami est décédé début de l'an dernier; elle en était profondément affectée mais ce n'est pas ce drame qui l'aurait poussé à se donner la mort, elle savait que de nombreuses personnes avaient encore besoin d'elles, y compris Amandine et moi...sans oublier sa maman qu’elle vénérait.

     

    Ce que je craignais sans vouloir y penser, la vue de la fermette en cours de rénovation séduit Martine.

    Jean-François nous proposait une visite de sa fermette en rénovation, Sophie, Martine et moi acceptions.

    - Ce serait super, une belle maison ancienne, avec une telle cheminée, tu sens ces relents de suie, cette odeur de boiserie, enivrant.

    Contrairement à moi, elle ne hume que ce qu'elle veut, elle a un odorat sélectif, ce n'est pas mon cas et dans ce chantier, je respire plutôt des émanations de ciment frais, de colle à carrelage et de peinture.

      

    Nous continuons à faire le tour de Morigny à pieds, Martine est heureuse de voir la fameuse fontaine, elle n'arrête pas de boire à la sortie du tuyau.

    Je lui conseille de modérer, because les nitrates.

    - Elle est bonne pourtant, ah oui, un peu âcre tout de même.

    - Tu veux vivre longtemps avoue.

    - Si tu restes avec moi jusqu'au bout d'accord.

    Je veux bien la croire.

    Par contre Sophie dédaigne l'eau fraîche.

    - Chaque fois que j'en ai bu, j'ai eu des nausées.

    Nous sommes pris dans une nasse au fond de la fontaine, deux villageois d'un  âge certain viennent de descendre l’escalier de gauche et commence à nous seriner.

    L'un est un vrai boute-en-train, il exagère, avec le bout de sa cane, il tente de soulever la jupe de Sophie.

    - C’est quelle a des belles jambes la gamine, et l’autre dame ça doit être le même paysage.

    Le deuxième est encore plus âgé, il sourit de sa bouche complètement édenté; deux beaux spécimens.

    Les femmes sont amusées, Jean-François s'énerve un peu.

    Enfin le grand père devient plus raisonnable.

    - J'la connais la belle Sophie, elle sait bien que je suis un farceur, que je n’suis pas méchant... on compte sur vous monsieur Laurent pour foutre ces vampires à la porte, de mon temps cela ne se serait pas passé ainsi, croyez-moi; j'ai été maire de Morigny pendant vingt cinq ans cher monsieur, c'est vous dire, de 45 à 70, j'vais avoir quatre vingt huit ans à la Noël, si j’y arrive...et  regardez-moi ce  jeune homme  qui rit comme un gosse qui vient de naître, il a passé les cent ans, du solide.

    - La fontaine?

    - Pensez-vous, faut pas le dire, il n'y a que les femmes qui boivent de l'eau à Morigny, ll' Adrien il fait encore son pinard, une sacrée piquette, refusez si il vous en offre, sinon votre estomac ne s’en remettra jamais... Cette flotte ne convient même pas au pastis, le mélange se fait difficilement.

    Notre escorte continue à nous seriner jusque devant la maison de madame Louyot.

    - Si vous voulez nous parler, nous avons notre quartier général devant l'ancienne boulangerie, de l'autre côté de la place, face au puits transformé en bouquet de fleurs.

    …………


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