• La fontaine de jouvence

    - Ce Vincent Desbois est promoteur immobilier je crois?

    - Oui, je travaille de temps en temps pour lui, juste le minimum, il paye, mais il ne faut pas être pressé, il vend les appartements sur plans, encaisse des gros acomptes, place le fric avant de régler les fournisseurs, un sacré malin, son bureau principal est à Mareilles, vous devez l'avoir remarqué, une devanture luxueuse, il a une annexe ici, en plein centre du bourg, ses affaires marchent bien, je ne comprends pas qu'il ait trafiqué le chiffre, cent mille francs,  c'est de la gnognote pour lui.

    - Et son argument pour séduire Anne, c'est plausible?

    - C'est tout à fait son style, il peut avoir presque toutes les femmes qu'il désire, avec des cadeaux, c'est assez facile mais il veut surtout s'attaquer à des citadelles, à des filles qui lui résistent, je suppose qu'il avait tout essayé pour arriver à ses fins seulement, il est rusé, cette femme ne se serait pas donné pour de l'argent, par contre pour une question d'honneur?

    - Vous connaissiez un peu mademoiselle Parély?

    - Et comment, elle militait pour différentes causes quand elle était encore à Morigny, nous nous retrouvions souvent dans des réunions, une  femme active, dynamique et... pas vilaine du tout.

    - Elle avait un homme dans sa vie?

    - Alors là cher monsieur, mystère, je suppose qu'un tel châssis ne restait pas sur le bord de la route, je ne faisais pas partie de son cercle d'amis intimes... Que comptez-vous faire à présent, vous avez entendu mon camarade Pierre, lui c'est certain, n'est pas dans ce coup fourré.

    Je commence à y voir plus clair, si Anne a été réellement assassinée c’est  qu'elle approchait du but, je ne pense pas que les seuls cent mille francs l'ont condamnée, le projet de commercialisation de l'eau a peut-être fait pencher la balance, l'escroquerie découverte,  l'acte de vente devenait caduque, adieu les bénéfices énormes, je sais que ce genre d'exploitation est juteuse. Quel rôle a joué Vincent Desbois? Avait-il un autre motif que celui invoqué pour acheter le billet, il faut que j'approche ce promoteur, seulement, je ne peux pas l'aborder de front, et le notaire,  était-il au courant de la falsification du billet?

    Je fais un crochet par Morigny, les villageois me connaissent tous à présent, je suis salué à chaque coin de rue, ça y est, j'ai trouvé un alibi pour rencontrer le notaire, un panneau est apposé sur le mur de l'ancien presbytère, je vais me faire passer pour un acheteur éventuel, plausible, en plus, j'ai un motif valable pour m'intéresser à cette maison.

    Madame Louyot tricote, Jean-François est en ville, nous bavardons et abordons divers sujets,  elle me parle des ennuis conjugaux de son neveu, elle ne m'apprend rien en disant qu'elle soupçonne Adeline d'être infidèle.

    - J'ai bien peur que cela ne se termine par une séparation, en Afrique, ils vivaient en vase clos, depuis leur retour il y a de l'eau dans le gaz.

    En parlant d'eau, je demande une bouteille vide à Simone, je vais également prélever quelques gouttes à la fontaine, pas pour être éternel, pour la faire analyser.

    - Que faîtes vous le 15 Août?

    - Rien de spécial, je ne sais pas encore?

    - Eh bien si, vous allez le savoir, je vous invite à déjeuner, avec votre dame, Lucie et Sophie seront de la fête.

    Je suis bien embarrassé pour descendre vers la source, quel côté dois-je emprunter, sans être véritablement  athée, difficile de me classer parmi les croyants,  les anciens auraient dû prévoir un escalier central.

    Impossible d'éviter monsieur Basile, véritable concierge de la fontaine

    - Vous voulez vivre vieux? attention, n'en buvez pas trop, elle est un peu indigeste; alors, vous avez vu, les travaux commencent là-haut, ils construisent une route d'accès, les gens n'osent plus protester, dans quelques mois, plus d'eau au tuyau.

    C'est ce que je pensais, cette histoire de blessé ressemble à un coup monté, une simple  égratignure a été montée en épingle pour culpabiliser les habitants et les décourager à manifester.

    Je contourne le plateau pour constater qu'effectivement, un chemin existant a été élargi et remis en état.

     

    Surprise agréable, monsieur Magien est heureux pour une fois, mon vieux lecteur de Morigny n'est pas une exception, une dame qui approche allègrement les cent ans d’existence détient un premier numéro de notre canard, celui du Jeudi 2 janvier 1919; le plus amusant c'est que cette centenaire vivant chez sa petite-fille, habite à deux pas de notre nouvelle installation. D'autres manifestations de sympathie  arrivent à la rédaction, le concours connaît un vif succès; pour ne pas faillir à la tradition, le boss revendique la paternité absolue de cette opération et personne n'en doute, le bâtonnier que je rencontre à l’issue d’un procès ne tarit pas d'éloges en me faisant remarquer que nous avons de la chance d'avoir un tel chef.

     


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