• La fontaine de jouvence

    Je reviens chez madame Louyot, Jean-François vient de rentrer, Adeline s’est rhabillée, la tante Simone est fatiguée, je lui demande quand même des tuyaux sur les hommes cités par madame Parély.

    - Je les connais tous, je peux vous en parler.

    - Je ne vais pas aller voir huit chasseurs, lesquels me conseillez-vous en particulier?

    - Vous savez quoi, si vous rencontrez Luigi Mathieu, vous aurez fait le tour.

    - Pourquoi?

    - C'est le plus bavard, un bon gars, un peu vantard comme tous les Italiens ou moitié d’Italiens, vous pourrez lui tirer les vers du nez comme je vous connais.

    - Comment faire pour le rencontrer sans éveiller l'attention?

    - J'ai une idée.

    Jean-François se manifeste.

    - Dis toujours.

    - Pour ma fermette, il me faudrait un devis pour consolider un mur, j'ai peur qu'il ne tienne pas le coup si j’effectue des modifications, paraît que c'est le plus jeune frère qui se déplace habituellement, l’autre serait plutôt le financier de la boîte.

    - Tu ne vas pas dépenser des sommes folles pour cette ruine, tu es malade!

    Adeline n'a rien compris à la démarche, Jean-François calme l'excitée.

    - Je lui demande de passer, tu es présent et tu te débrouilles pour le  cuisiner.

    - OK, prends un rendez-vous, de préférence l'après-midi, évite les lundis

     

    Je parle du vieux journal conservé par les Basile, le patron est tout excité.

    - 1926 vous dites, vous vous rendez compte, c'est fou, retournez quand dans ce village, je viens avec vous, une bonne idée de reportage, ce vieux bonhomme de quatre vingt treize ans qui lit notre quotidien depuis si longtemps, vous l’avez  vu ce lecteur, il tiendra encore le coup quelques jours j'espère?

    Allons bon, le boss sur le dos toute une journée, je connais le programme à l’avance, j'aurais mieux fait de me taire, trop tard... et puis après tout, ce n'est pas si mauvais pour moi, cela couvre mes activités annexes, ce genre d'investigation qui rend mon job encore plus passionnant.

    Jean-François Delacour est actif, comme je la connais, sa tante doit le pousser.

    - J'attends Luigi Mathieu mercredi 16 heures, cela te va... ah oui, ma tante me souffle que nous sommes invités à déjeuner au château, alors soit chez nous vers midi, pas plus tard, tu sais que les campagnards aiment bien déjeuner relativement tôt.

    Monsieur Magien est exclu du voyage cette fois, il n'est pas invité, heureusement, je l’aurais difficilement supporté pendant le repas, pour faire dans le simple, il fait dans le ridicule, mes très rares sorties" bouffe" avec lui me laissent des souvenirs impérissables, comme le jour où, sous prétexte qu'il adore les pommes dauphines, il piquait dans mon assiette en me disant ...vous n'aimez pas je crois...

    La tante Simone est passablement énervée, il est midi passé, je sais, ce n'est pas de ma faute, un convoi exceptionnel sur la nationale.

    - Allez dépêchons.

    Je ne vois pas Adeline, serait-elle fâchée?

    - Mon épouse est partie hier soir, elle a pris le train pour Montpellier, sa maman est souffrante.

    Madame Parély a revêtu ses plus beaux atours, elle est d'une élégance, et quelle prestance, la classe, elle nous accueille avec un grand sourire, elle ne râle pas  contrairement à ce que nous annonçait Simone.

    - Je n'ai pas ouvert la grande salle à manger, nous serons mieux dans la petite salle et puis elle est plus proche de la cuisine, c'est plus pratique pour Bastien.

    Je n'avais pas encore vu ce fameux Bastien, l'homme de confiance de madame Parély, homme à tout  faire comme elle le définit, dans les soixante ans, un costaud, une chevelure grise hirsute, plutôt l'allure d'un docker ou d’un bûcheron que d'un cuisinier, car c'est lui qui nous a mitonné un civet de lièvre, et il n'aura pas le loisir de lécher les restes, il y a longtemps que je n'ai mangé du sauvage aussi naturel.

    - Si je vous dis que c'est un produit de braconnage, ne le répétez pas, il y a des lustres, nous recevions du gibier à longueur d'année, à présent nous devons braconner sur nos propres terres pour avoir ce plaisir.

    Le repas se déroule dans une ambiance tranquille, les conversations évitent d'aborder le sujet qui préoccupe Morigny, j'apprends que Sophie, la bru de madame Parély, doit venir avec sa fille, pour deux semaines de vacances. Les deux femmes ne tarissent pas d'éloges sur cette extraordinaire décoratrice, sur cette femme d'une réelle beauté, d'une extrême gentillesse, d'une intelligence rare et d'un charme fou, Jean-François brûle de la connaître, j'imagine que le portrait dépeint lui fait penser que cette créature de rêve n'a rien à voir avec sa chère épouse, revêche, je  suis curieux aussi de rencontrer cet oiseau rare, elle doit bien avoir quelques défauts.

    Le portrait d’Amandine est différent mais tout aussi flatteur que celui attribué à sa maman,  j’aimerais rencontrer cette  demoiselle intelligente et curieuse de tout.

    Avant de quitter le château, je parle d'Anne et de madame Basile.

    - Anne, remplir des bouteilles d'eau, étonnant, pas pour ses besoins personnels, elle ne tenait pas spécialement à devenir centenaire, pour une nouvelle analyse, oui c'est cela, il me semble qu'elle m'en avait parlé, cette nouvelle conforte notre refus d'admettre le suicide.


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